Sélectionner et préparer les matériaux et les aciers à outils
Guide d'étude Red Seal Practice avec schémas.
Sélectionner et préparer les matériaux et les aciers à outils
Introduction au rôle du matériau dans l'outillage
Le choix du matériau est la première décision technique critique dans la fabrication d'un outil, d'une matrice ou d'un moule. Un outil peut être parfaitement conçu et usiné, mais si le matériau est mal sélectionné ou mal préparé, il échouera prématurément par rupture, déformation, usure ou fatigue thermique. Pour l'examen du Sceau rouge (Red Seal), vous devez démontrer une compréhension approfondie des familles d'aciers à outils, de leurs traitements thermiques et des critères de sélection basés sur l'application finale.
Ce chapitre couvre les systèmes de classification (AISI/SAE et CSA), les propriétés mécaniques et physiques pertinentes, les procédures de traitement thermique (recuit, durcissement, revenu), les traitements de surface, ainsi que les méthodes de vérification de la dureté. Une attention particulière est portée aux normes canadiennes applicables et aux pièges courants identifiés lors des examens.
Systèmes de classification des aciers
Le système AISI/SAE pour les aciers à outils
Au Canada, la classification des aciers à outils suit principalement le système de l'American Iron and Steel Institute (AISI) et de la Society of Automotive Engineers (SAE) . Ce système utilise un préfixe alphabétique indiquant la famille, suivi d'un numéro. Les familles principales sont :
| Famille | Désignation | Caractéristique principale |
|---|---|---|
| Acier au carbone (eau) | W (W1, W2) | Durcissement à l'eau, faible coût |
| Acier à froid (huile) | O (O1, O2) | Durcissement à l'huile, faible déformation |
| Acier à froid (air) | A (A2, A6) | Durcissement à l'air, excellente stabilité |
| Acier à froid (haute teneur en carbone-chrome) | D (D2, D3) | Très résistant à l'usure, haute teneur en carbone |
| Acier à chaud (tungstène) | H (H13, H21) | Résistance à chaud, trempe à l'air ou à l'huile |
| Acier rapide (tungstène) | T (T1, T15) | Résistance à chaud élevée, pour outils de coupe |
| Acier rapide (molybdène) | M (M2, M42) | Alternative au tungstène, bonne ténacité |
| Acier résistant aux chocs | S (S1, S7) | Haute ténacité, résistance aux chocs |
| Acier pour matrices (molybdène) | P (P20) | Pour moules de plastique, usinabilité |
Règle mnémotechnique pour l'examen : les lettres correspondent souvent à la méthode de trempe ou à l'usage principal. "W" pour Water (eau), "O" pour Oil (huile), "A" pour Air, "D" pour Die (matrice), "H" pour Hot work (travail à chaud), "T" et "M" pour les aciers rapides (Tungstène et Molybdène).
Le système CSA pour les aciers
La CSA Group (Association canadienne de normalisation) publie des normes relatives aux aciers, notamment la CSA G40.20 et la CSA G40.21 pour les aciers de construction, et la CSA W47.1 pour la qualification des procédés de soudage. Bien que ces normes concernent principalement les aciers de construction, le candidat doit savoir que les aciers à outils sont généralement spécifiés par les désignations AISI/SAE, et que les normes CSA s'appliquent aux matériaux de support, aux plaques de montage et aux structures d'outillage.
Point d'examen : La norme CSA G40.20-13/A40.21-13 couvre les exigences générales pour les aciers de construction laminés à chaud, soudés et fabriqués à froid. Elle est souvent citée dans les questions sur les matériaux de base pour les plaques de fixation et les socles d'outillage.
Propriétés des matériaux pertinentes pour l'outillage
Dureté
La dureté est la résistance d'un matériau à la pénétration ou à la déformation plastique locale. C'est la propriété la plus couramment spécifiée pour les aciers à outils. Les échelles principales sont :
Formule de conversion approximative : pour les aciers à outils, HRC ≈ (HB / 10) - 10, mais cette conversion n'est valable que dans une plage limitée. L'examen peut vous demander d'interpréter un tableau de conversion, mais pas de calculer manuellement.
Ténacité
La ténacité est la capacité d'un matériau à absorber de l'énergie avant rupture. Elle est mesurée par l'essai de choc Charpy (essai par choc sur éprouvette entaillée). Les aciers à outils doivent équilibrer dureté et ténacité : un acier trop dur sera fragile, un acier trop tenace s'usera rapidement.
Résistance à l'usure
La résistance à l'usure dépend principalement de la teneur en carbone et en carbures (chrome, vanadium, tungstène, molybdène). Les carbures durs dans la matrice martensitique agissent comme des barrières à l'abrasion. L'acier D2, avec 1,5-2,3 % de carbone et 11-13 % de chrome, offre une excellente résistance à l'usure mais une ténacité limitée.
Résistance à chaud
La résistance à chaud (ou dureté à chaud) est la capacité de conserver la dureté à température élevée. Les aciers à chaud (H13) et les aciers rapides (M2, T1) conservent leur dureté jusqu'à 500-600 °C, ce qui les rend indispensables pour les matrices de forgeage et les outils de coupe à grande vitesse.
Usinabilité
L'usinabilité est la facilité avec laquelle un matériau peut être coupé. Les aciers à outils sont généralement fournis à l'état recuit (dureté de 200-250 HB) pour faciliter l'usinage. L'ajout de soufre (aciers "à usinabilité améliorée") peut être spécifié, mais cela réduit la ténacité.
Sélection de l'acier à outils selon l'application
Critères de sélection
Le choix d'un acier à outils repose sur une analyse systématique des exigences suivantes :
Tableau de sélection rapide
| Application | Acier recommandé | Justification |
|---|---|---|
| Poinçons et matrices de découpage (faible volume) | O1 | Bon compromis coût/déformation, trempe à l'huile |
| Matrices de découpage (grand volume) | D2 | Excellente résistance à l'usure, stabilité dimensionnelle |
| Matrices de formage à froid | A2 | Bonne combinaison ténacité/usure, trempe à l'air |
| Matrices de forgeage à chaud | H13 | Excellente résistance à chaud, résistance aux chocs thermiques |
| Outils de coupe (fraisage, tournage) | M2, T1 | Dureté à chaud élevée, résistance à l'usure |
| Moules d'injection plastique | P20 | Usinabilité excellente, dureté suffisante (28-32 HRC) |
| Outils de frappe à froid | S7 | Ténacité maximale, résistance aux chocs |
| Lames de cisaillement | D2 ou M2 | Résistance à l'usure abrasive |
Règle d'or pour l'examen : si la question mentionne une température de service supérieure à 200 °C, éliminez immédiatement les aciers à froid (W, O, A, D) et choisissez un acier à chaud (H) ou un acier rapide (M, T).
Traitements thermiques des aciers à outils
Le diagramme fer-carbone et les transformations de phase
Le candidat doit maîtriser les points critiques du diagramme fer-carbone :
Pour les aciers à outils (teneur en carbone de 0,5 à 2,3 %), la plupart sont hypereutectoïdes (plus de 0,77 % C). La présence de carbures primaires et secondaires influence directement la résistance à l'usure.
Le recuit
Le recuit est un traitement thermique visant à adoucir l'acier, à améliorer l'usinabilité et à préparer la microstructure pour la trempe. Pour les aciers à outils, on utilise principalement le recuit complet ou le recuit de régularisation :
Objectif : obtenir une structure perlitique ou sphéroïdisée avec une dureté de 200-250 HB.
Piège d'examen : le recuit n'est pas identique à la normalisation. La normalisation refroidit à l'air, ce qui produit une structure plus dure (perlite fine) et n'est pas appropriée pour les aciers à outils fortement alliés.
Le durcissement (trempe)
La trempe consiste à chauffer l'acier au-dessus de la température critique (A3 ou Acm) pour former de l'austénite, puis à refroidir rapidement pour former de la martensite, une structure dure et fragile.
Procédure typique pour un acier O1 :
Températures de trempe pour les aciers courants :
| Acier | Température de trempe (°C) | Milieu de trempe | Dureté obtenue (HRC) |
|---|---|---|---|
| W1 | 760-790 | Eau saumâtre | 64-66 |
| O1 | 790-815 | Huile | 62-64 |
| A2 | 925-980 | Air (ventilé) | 60-62 |
| D2 | 980-1025 | Air ou huile | 60-62 |
| H13 | 995-1025 | Air | 48-52 |
| M2 | 1190-1230 | Huile ou air | 63-65 |
Règle de maintien : la durée de maintien à température est généralement de 1 minute par millimètre d'épaisseur, avec un minimum de 10 minutes pour les petites pièces.
Le revenu
Le revenu est un traitement thermique obligatoire après la trempe. Il consiste à réchauffer l'acier trempé à une température inférieure à A1 (150-650 °C) pour :
Effet de la température de revenu sur la dureté (acier O1) :
| Température de revenu (°C) | Dureté finale (HRC) | Application typique |
|---|---|---|
| 150-200 | 60-62 | Outils de coupe, poinçons |
| 250-350 | 55-58 | Matrices de formage |
| 400-500 | 48-52 | Outils soumis à des chocs |
| 550-650 | 40-45 | Pièces nécessitant une grande ténacité |
Fragilité de revenu : certains aciers (notamment ceux contenant du manganèse, du chrome ou du nickel) présentent une fragilité de revenu entre 250 et 400 °C. Il faut éviter ce domaine ou refroidir rapidement après le revenu.
Revenu multiple : pour les aciers à chaud (H13) et les aciers rapides (M2), un double ou triple revenu est nécessaire pour transformer l'austénite résiduelle en martensite revenue. Chaque revenu dure 1-2 heures.
L'austénite résiduelle
Lors de la trempe, une partie de l'austénite peut ne pas se transformer en martensite. Cette austénite résiduelle est molle et instable. Pour les aciers à haute teneur en alliages (D2, M2), elle peut représenter 20-30 % de la microstructure.
Solutions :
Piège d'examen : le traitement cryogénique doit être effectué immédiatement après la trempe, avant le premier revenu, pour être efficace.
Traitements de surface et revêtements
La nitruration
La nitruration est un traitement thermochimique qui introduit de l'azote dans la surface de l'acier à une température de 500-580 °C, sans transformation de phase. Elle produit une couche superficielle très dure (1000-1200 HV) avec une excellente résistance à l'usure et à la fatigue.
Application : matrices de forgeage (H13), moules d'injection, composants de machines.
La cémentation
La cémentation est un traitement thermochimique qui introduit du carbone dans la surface d'un acier à bas carbone (< 0,3 % C) pour créer une couche dure (58-62 HRC) sur un cœur tenace.
Attention : la cémentation n'est pas utilisée pour les aciers à outils (déjà riches en carbone), mais pour les pièces de mécanisme d'outillage (piliers, colonnes, bagues).
Les revêtements PVD et CVD
Les revêtements par dépôt physique en phase vapeur (PVD) et par dépôt chimique en phase vapeur (CVD) améliorent considérablement la durée de vie des outils de coupe :
| Revêtement | Dureté (HV) | Température de dépôt (°C) | Application |
|---|---|---|---|
| TiN (nitrure de titane) | 2300 | 450-500 (PVD) | Outils de coupe, matrices |
| TiCN (carbonitrure de titane) | 3000 | 400-450 (PVD) | Fraises, forets |
| TiAlN (nitrure de titane-aluminium) | 3300 | 450-500 (PVD) | Usinage à grande vitesse |
| Al₂O₃ (alumine) | 2100 | 1000 (CVD) | Plaquettes de tournage |
Point d'examen : le revêtement TiAlN est préféré pour l'usinage à sec à grande vitesse car il forme une couche d'alumine protectrice à haute température.
Vérification de la dureté et essais
Essai Rockwell
L'essai Rockwell est le plus répandu dans les ateliers d'outillage. Il mesure la profondeur de pénétration sous charge.
Précautions :
Essai Brinell
L'essai Brinell utilise une bille en carbure de tungstène de 10 mm avec une charge de 3000 kgf pour les aciers. Le diamètre de l'empreinte est mesuré et converti en nombre HB.
Formule : HB = 2F / (πD√(D² - d²)), où F est la charge en kgf, D le diamètre de la bille en mm, et d le diamètre de l'empreinte en mm.
Application : contrôle des pièces brutes, des aciers recuits, des grandes surfaces.
Essai Vickers
L'essai Vickers utilise une pyramide en diamant à base carrée avec des charges de 1 à 120 kgf. Il est particulièrement adapté aux couches minces et aux mesures de microdureté.
Formule : HV = 1,854 × F / d², où F est la charge en kgf et d la moyenne des diagonales de l'empreinte en mm.
Normes canadiennes applicables
CSA W47.1 — Qualification du soudage
La norme CSA W47.1 (Règles de qualification des entreprises de soudage) s'applique au soudage des aciers de construction et des aciers à outils. Pour les outilleurs, cette norme est pertinente lors de la réparation de matrices par soudure. Les exigences clés incluent :
Règle pratique : pour le soudage de l'acier H13, un préchauffage de 300-350 °C et un post-chauffage immédiat à 550-600 °C sont obligatoires pour éviter la fissuration.
CSA G40.20/G40.21 — Aciers de construction
La norme CSA G40.20-13/G40.21-13 spécifie les exigences pour les aciers de construction laminés à chaud. Les qualités courantes incluent :
Ces aciers sont utilisés pour les socles, les plaques de montage et les structures porteuses d'outillage.
Code canadien de l'électricité, Chapitre V
Le Code canadien de l'électricité, Chapitre V (C22.1) s'applique aux installations électriques des équipements d'outillage, notamment les systèmes de chauffage par induction, les fours de traitement thermique et les commandes de machines. La règle 8-200 concerne le calcul de la demande électrique pour les moteurs et les équipements de chauffage.
Point d'examen : les fours de traitement thermique doivent être conformes aux exigences de la CSA C22.2 No. 88 pour les appareils de chauffage industriel.
Procédures de préparation des matériaux
Réception et identification
À la réception d'un acier à outils, le candidat doit savoir :
Décarburation
La décarburation est la perte de carbone à la surface de l'acier lors du chauffage. Elle se produit lorsque l'acier est chauffé au-dessus de 700 °C dans une atmosphère oxydante. La couche décarburée est plus molle et doit être enlevée par usinage ou meulage avant la trempe.
Prévention :
Piège d'examen : la décarburation abaisse la dureté de surface de 2 à 5 HRC. Un contrôle de dureté sur une pièce décarburée donnera des valeurs faussement basses.
Usinage avant traitement thermique
Les règles générales pour l'usinage des aciers à outils :
Déformation pendant la trempe
Les déformations pendant la trempe sont causées par :
Minimisation :
Calculs pratiques pour l'outilleur
Calcul de la surépaisseur de rectification
Si une pièce doit avoir une dureté de 58-60 HRC après trempe et revenu, et que la déformation estimée est de 0,05 mm, la surépaisseur minimale de rectification est :
Surépaisseur = Déformation estimée + 0,2 mm (minimum pour enlever la décarburation)
Exemple : déformation de 0,05 mm → surépaisseur = 0,05 + 0,2 = 0,25 mm par surface.
Calcul de la charge d'un four
Pour un four de traitement thermique, la charge maximale est déterminée par la puissance du four et la masse des pièces :
Temps de chauffage (heures) = (Masse totale en kg) / (Puissance du four en kW × 0,5)
Cette formule est approximative et dépend de la géométrie des pièces.
Calcul de la dilatation thermique
La dilatation thermique des aciers à outils est d'environ 11-13 × 10⁻⁶ /°C. Pour une pièce de 200 mm chauffée de 20 °C à 800 °C :
ΔL = L₀ × α × ΔT = 200 mm × 12 × 10⁻⁶ /°C × 780 °C = 1,87 mm
Application : ce calcul est essentiel pour les montages de précision et les cales.
Contrôle qualité et documentation
Certificats de traitement thermique
Chaque cycle de traitement thermique doit être documenté avec :
Contrôle de dureté après traitement
Le contrôle de dureté doit être effectué :
Résumé
Pièges à éviter
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