Chapitre VI

Systèmes de post-tension et de précontrainte

Guide d'étude Red Seal Practice avec schémas.

Systèmes de post-tension et de précontrainte

Introduction : Principes fondamentaux de la précontrainte

La précontrainte est une technique qui consiste à appliquer une contrainte de compression permanente à un élément en béton avant qu'il ne soit soumis aux charges de service. Le béton est un matériau résistant en compression mais faible en traction. En le précomprimant, on neutralise les contraintes de traction induites par les charges, ce qui permet de réaliser des portées plus longues, des sections plus minces et des structures plus légères.

La post-tension est une méthode de précontrainte où les câbles (torons ou barres) sont tendus après le coulage et la prise du béton. Les câbles sont placés dans des gaines (conduits) avant le coulage, puis mis en tension à l'aide de vérins hydrauliques une fois que le béton a atteint la résistance requise. Cette technique est omniprésente dans les ouvrages d'art (ponts, viaducs), les dalles de stationnement, les fondations et les structures de grande portée.

Pour l'examen du Sceau rouge, vous devez maîtriser non seulement les procédures d'installation, mais aussi les calculs d'allongement, les pertes de tension, les tolérances et les règles de sécurité spécifiques.

Différence entre pré-tension et post-tension

CaractéristiquePré-tensionPost-tension
Moment de la mise en tensionAvant le coulage du bétonAprès le durcissement du béton
AncrageAdhérence directe acier-bétonAncrages mécaniques aux extrémités
GaineAucuneGaine métallique ou plastique obligatoire
VérinsBanc de précontrainte fixeVérins portables sur chantier
Application typiquePoutres préfabriquées en usineDalles coulées en place, ponts

La pré-tension est réalisée en usine : les câbles sont tendus entre des butées fixes, le béton est coulé, et une fois durci, les câbles sont relâchés. La post-tension est réalisée sur chantier ou en usine pour des éléments plus grands, et c'est celle qui vous concerne principalement dans ce chapitre.

Composants d'un système de post-tension

Les torons et barres

Les torons sont des câbles composés de 7 fils d'acier à haute résistance (diamètre nominal de 12,7 mm ou 15,24 mm). Ils sont classés selon leur résistance à la rupture :

Grade 1860 MPa : le plus courant (fils de 15,24 mm)
Grade 1725 MPa : pour certaines applications spécifiques

Les barres de précontrainte (Dywidag ou équivalent) sont utilisées pour des applications ponctuelles comme les tirants d'ancrage ou les réparations. Elles ont des diamètres de 25 à 40 mm et des résistances de 1030 à 1080 MPa.

Les gaines

Les gaines sont des conduits qui logent les torons et permettent leur coulissement pendant la mise en tension. Elles peuvent être :

Métalliques (acier ondulé) : pour les ponts et les structures lourdes
Plastiques (polypropylène ou polyéthylène) : pour les dalles de bâtiment, avec graisse permanente (système non injecté) ou pour injection ultérieure

Le diamètre intérieur de la gaine doit être d'au moins 6 mm supérieur au diamètre du toron pour permettre un coulissement libre.

Les ancrages

Les ancrages sont les dispositifs qui transmettent la force de précontrainte au béton. On distingue :

Ancrages actifs : côté où le vérin tire les torons
Ancrages passifs : côté fixe, souvent noyés dans le béton

Les ancrages sont classés selon leur capacité (nombre de torons) : de 1 toron (dalle mince) à 55 torons (ponts majeurs). Chaque ancrage comprend une plaque d'appui, des coins (cônes) et un bloc de répartition.

Procédure d'installation : étape par étape

1. Mise en place des gaines

Avant le coulage, les gaines sont positionnées selon les plans de précontrainte. Elles doivent être :

Fixées solidement à l'aide de supports espacés de 60 à 90 cm
Étanches à tous les joints (ruban adhésif ou manchons)
Protégées contre l'écrasement pendant le coulage

Les tracés peuvent être droits, paraboliques ou polygonaux. Les tracés courbes créent des pertes par frottement qu'il faut calculer.

2. Coulage du béton

Pendant le coulage, le béton doit être vibré avec précaution autour des gaines. Une vibration excessive peut déplacer les gaines ; une vibration insuffisante laisse des vides qui affaiblissent l'adhérence. Les gaines doivent être maintenues en position à ± 15 mm du tracé théorique.

3. Mise en tension

La mise en tension ne commence que lorsque le béton a atteint la résistance minimale spécifiée (généralement 70 à 80 % de la résistance à 28 jours). Cette valeur est indiquée sur les plans et doit être vérifiée par les essais d'éprouvettes.

Le vérin hydraulique est positionné sur l'ancrage actif. La tension est appliquée par incréments successifs (10 %, 50 %, 80 %, 100 % de la force finale). À chaque étape, on vérifie :

La force (pression hydraulique)
L'allongement du toron (mesuré au pied à coulisse ou à la règle graduée)

4. Calcul de l'allongement théorique

L'allongement ΔL d'un toron est calculé selon la loi de Hooke :

ΔL = (F × L) / (E × A)

Où :

F = force de précontrainte (N)
L = longueur libre du toron entre les ancrages (m)
E = module d'élasticité de l'acier (195 000 MPa)
A = section du toron (mm²)

Pour un toron de 15,24 mm : A = 140 mm², E = 195 000 MPa.

Exemple : Un toron de 15,24 mm, longueur de 25 m, force de 195 kN.

ΔL = (195 000 N × 25 000 mm) / (195 000 MPa × 140 mm²) = 4 875 000 000 / 27 300 000 = 178,6 mm

Cet allongement théorique est comparé à l'allongement mesuré. La tolérance est de ± 7 % entre la valeur théorique et la valeur mesurée. Si l'écart dépasse cette tolérance, il faut arrêter et investiguer (frottement excessif, toron coincé, ancrage défectueux).

5. Injection des gaines

Après la mise en tension, les gaines sont injectées avec un coulis de ciment (pour les systèmes adhérents). Le coulis :

Protège les torons contre la corrosion
Assure l'adhérence entre l'acier et le béton
Répartit les contraintes sur toute la longueur

Le coulis est composé de ciment, d'eau et d'adjuvants (superplastifiant, agent d'expansion). Le rapport eau/ciment doit être inférieur à 0,45. L'injection se fait par le point le plus bas et l'air est évacué par des évents aux points hauts.

Pertes de précontrainte

Les pertes de précontrainte sont les réductions de force entre la force appliquée au vérin et la force effective dans le béton. Elles sont classées en deux catégories :

Pertes instantanées (au moment de la mise en tension)

Type de perteCauseValeur typique
**Frottement**Contact toron-gaine sur les courbes5 à 15 % selon l'angle
**Repli d'ancrage**Glissement des coins lors du relâchement du vérin3 à 6 mm de glissement
**Raccourcissement élastique du béton**Le béton se comprime sous la force1 à 3 %

La perte par frottement est calculée selon la formule :

F(x) = F₀ × e^(-μθ - kx)

Où :

F₀ = force au vérin
μ = coefficient de frottement toron-gaine (0,15 à 0,25 pour gaine métallique, 0,05 à 0,10 pour gaine plastique graissée)
θ = angle cumulé du tracé (radians)
k = coefficient de frottement parasite (0,001 à 0,003 par mètre)
x = distance depuis le vérin (m)

Pertes différées (dans le temps)

Type de perteCauseValeur typique
**Retrait du béton**Séchage du béton5 à 10 %
**Fluage du béton**Déformation sous charge soutenue10 à 20 %
**Relaxation de l'acier**Diminution de contrainte à longueur constante2 à 8 %

Ces pertes sont généralement estimées à 15 à 25 % de la force initiale pour les calculs préliminaires.

Règles de sécurité et réglementation

Code canadien de l'électricité, Chapitre V

Les travaux de post-tension impliquent l'utilisation de vérins hydrauliques électriques. Selon le Code canadien de l'électricité, Chapitre V, les chantiers doivent respecter les règles de protection contre les contacts électriques. La règle 8-200 exige que tout équipement électrique portatif soit alimenté par un circuit protégé par un disjoncteur de fuite à la terre (GFCI) de 5 mA. Les vérins hydrauliques doivent être mis à la terre conformément à la règle 10-200.

CSA B149.1 (Code sur le gaz naturel et le propane)

Bien que rarement applicable directement à la post-tension, cette norme peut s'appliquer si des systèmes de chauffage au gaz sont utilisés pour accélérer la prise du béton par temps froid. La section 5.4 exige une ventilation adéquate dans les espaces confinés.

Règles de sécurité spécifiques à la post-tension

78.Zone de danger : Un périmètre de sécurité de 3 mètres minimum doit être établi autour de la zone de mise en tension. Personne ne doit se tenir derrière le vérin ou dans l'axe des torons.
79.Équipement de protection : Casque, lunettes de sécurité, gants, bottes à embout d'acier. Les vêtements amples sont interdits.
80.Vérification des équipements : Les vérins doivent être calibrés chaque année ou après 500 cycles. Les manomètres doivent être vérifiés avant chaque utilisation.
81.Procédure d'urgence : En cas de rupture d'un toron, la force est relâchée immédiatement. Le vérin ne doit jamais être démonté sous pression.
82.Travail en hauteur : Les plates-formes de mise en tension doivent avoir des garde-corps conformes aux normes provinciales de santé et sécurité (qui varient, mais les principes de base sont universels).

Calculs pratiques pour l'examen

Calcul de la force de précontrainte

La force de précontrainte initiale F₀ est généralement spécifiée comme un pourcentage de la résistance à la rupture du toron. Pour un toron de 15,24 mm (section 140 mm², résistance 1860 MPa) :

F_rupture = 140 mm² × 1860 MPa = 260 400 N = 260,4 kN

La force de mise en tension est typiquement de 75 à 80 % de la force de rupture :

F₀ = 0,78 × 260,4 kN = 203,1 kN

Calcul de la pression hydraulique

La pression P du vérin est liée à la force par la surface du piston :

P = F / A_piston

Exemple : Vérin avec piston de 50 cm², force requise de 203 kN.

P = 203 000 N / 5 000 mm² = 40,6 MPa

Vérification de l'allongement

L'allongement mesuré doit être comparé à l'allongement théorique. La tolérance est de ± 7 %.

Exemple : Allongement théorique de 178,6 mm, allongement mesuré de 190 mm.

Écart = (190 - 178,6) / 178,6 × 100 = 6,4 % → Acceptable (moins de 7 %)

Si l'écart est de 8 % ou plus, il faut :

99.Vérifier le manomètre du vérin
100.Vérifier que le toron n'est pas coincé
101.Augmenter la force (dans les limites de 80 % de rupture) ou relâcher et recommencer

Ancrages et équipements de mise en tension

Types d'ancrages

TypeUtilisationCapacité
**Ancrage monotoron**Dalles de bâtiment, poutres minces1 toron
**Ancrage multitorons**Ponts, poutres principales4 à 55 torons
**Ancrage à barres**Tirants, réparations1 barre
**Ancrage passif (mort)**Extrémité fixeVariable

Les ancrages doivent être positionnés perpendiculairement à l'axe du toron. Une inclinaison de plus de 2° peut causer une concentration de contraintes et une rupture prématurée.

Le vérin de mise en tension

Le vérin est un cylindre hydraulique avec un piston central creux qui permet le passage des torons. Les caractéristiques importantes :

Course : distance maximale de tirage (typiquement 200 à 300 mm)
Capacité : force maximale (typiquement 100 à 600 tonnes)
Calibration : la relation pression-force doit être vérifiée avec un dynamomètre étalon

Contrôle de qualité et inspection

Avant la mise en tension

113.Vérifier que le béton a atteint la résistance minimale spécifiée (rapport d'essai d'éprouvettes)
114.Vérifier que les ancrages sont propres et exempts de débris
115.Vérifier que les torons sont libres dans les gaines (test de coulissement)
116.Vérifier l'alignement du vérin avec l'ancrage

Pendant la mise en tension

118.Mesurer l'allongement à chaque incrément de charge
119.Surveiller la pression hydraulique (pas de chute soudaine)
120.Écouter les bruits anormaux (frottement excessif, rupture de fils)
121.Vérifier que l'ancrage ne se déforme pas

Après la mise en tension

123.Marquer les torons à l'ancrage pour détecter tout glissement ultérieur
124.Couper les torons excédentaires (à 25-50 mm de l'ancrage)
125.Injecter les gaines dans les 14 jours suivant la mise en tension
126.Protéger les ancrages exposés avec du béton ou un produit anticorrosion

Pièges à éviter

128.Confondre pré-tension et post-tension : La pré-tension se fait avant coulage, la post-tension après. C'est une question classique à choix multiples.
129.Oublier les pertes par frottement : Dans les calculs d'allongement, il faut utiliser la force moyenne le long du toron, pas la force au vérin, si le tracé est courbe.
130.Négliger la tolérance de ± 7 % : Un allongement mesuré de 10 % au-dessus de la valeur théorique indique un problème, pas une simple imprécision.
131.Ignorer la résistance minimale du béton : La mise en tension avant que le béton atteigne la résistance spécifiée peut causer un écrasement localisé à l'ancrage.
132.Confondre les unités : Les calculs utilisent souvent des MPa (N/mm²) et des kN. Vérifiez toujours la cohérence des unités.
133.Oublier le repli d'ancrage : Le glissement des coins lors du relâchement du vérin (3-6 mm) doit être ajouté à l'allongement mesuré pour comparaison avec la théorie.
134.Ne pas connaître les coefficients de frottement : μ = 0,15-0,25 pour gaine métallique, μ = 0,05-0,10 pour gaine plastique graissée. Ces valeurs sont souvent données dans les questions.
135.Sous-estimer les zones de danger : La zone de 3 mètres autour du vérin est une règle de sécurité fondamentale. Un toron qui casse libère une énergie énorme.

Résumé

La post-tension consiste à tendre des câbles après le coulage du béton, créant une compression qui améliore la résistance à la traction.
Les composants clés sont : les torons (acier 1860 MPa), les gaines (métalliques ou plastiques), et les ancrages (actifs et passifs).
La procédure comprend : pose des gaines → coulage → attente de la résistance → mise en tension → injection.
L'allongement théorique se calcule avec ΔL = (F × L) / (E × A). La tolérance est de ± 7 % par rapport à la mesure.
Les pertes sont instantanées (frottement, repli d'ancrage, raccourcissement élastique) et différées (retrait, fluage, relaxation). Elles totalisent 15 à 25 %.
La sécurité exige une zone de danger de 3 m, des vérins calibrés, et le respect du Code canadien de l'électricité (règle 8-200 pour les GFCI).
Le contrôle de qualité vérifie la résistance du béton, la liberté des torons, l'allongement et l'étanchéité des gaines.

Questions types pour l'examen

145.Question : Un toron de 15,24 mm (A = 140 mm²) est tendu à 195 kN sur une longueur de 30 m. E = 195 000 MPa. Quel est l'allongement théorique ?

Réponse : ΔL = (195 000 × 30 000) / (195 000 × 140) = 5 850 000 000 / 27 300 000 = 214,3 mm

147.Question : La force de rupture d'un toron est de 260 kN. La force de mise en tension est de 78 % de cette valeur. Quelle est la force ?

Réponse : F = 0,78 × 260 = 202,8 kN

149.Question : Un vérin a un piston de 40 cm². Quelle pression est nécessaire pour une force de 200 kN ?

Réponse : P = 200 000 N / 4 000 mm² = 50 MPa

151.Question : L'allongement théorique est de 200 mm, l'allongement mesuré est de 215 mm. Est-ce acceptable ?

Réponse : Écart = (215 - 200) / 200 × 100 = 7,5 % → Non, dépasse la tolérance de 7 %. Il faut investiguer.

153.Question : Quelle est la différence principale entre un ancrage actif et un ancrage passif ?

Réponse : L'ancrage actif reçoit le vérin et permet la mise en tension ; l'ancrage passif est fixe et noyé dans le béton.

Ce chapitre couvre l'ensemble des connaissances requises pour l'examen du Sceau rouge sur la post-tension. Maîtrisez les formules, les tolérances et les procédures de sécurité, et vous serez bien préparé pour les questions de l'examen.

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