Installation des systèmes de vitrage
Guide d'étude Red Seal Practice avec schémas.
Installation des systèmes de vitrage
Introduction au chapitre
L'installation des systèmes de vitrage constitue le cœur du métier de glazier (vitrier). Ce chapitre couvre l'ensemble des techniques, des normes et des procédures requises pour l'installation sécuritaire et conforme des systèmes de vitrage dans les bâtiments commerciaux, institutionnels et résidentiels. Vous serez évalué sur votre capacité à interpréter les plans, à sélectionner les matériaux appropriés, à exécuter les installations selon les règles de l'art et à appliquer les exigences réglementaires canadiennes.
Types de systèmes de vitrage
Vitrage fixe (storefront et fenestration)
Le vitrage fixe désigne tout panneau de verre installé de façon permanente dans un cadre, sans ouverture opérable. Les systèmes storefront sont typiquement utilisés pour les devantures commerciales et consistent en des montants et traverses en aluminium extrudé. La profondeur standard des cadres storefront varie de 38 mm à 114 mm, selon la charge de vent calculée et la dimension des panneaux.
Les fenêtres fixes résidentielles utilisent généralement des cadres en vinyle, en aluminium thermorupteur ou en bois. La thermorupture (rupture de pont thermique) est obligatoire dans les climats canadiens pour prévenir la condensation et les pertes thermiques. Elle consiste en une barrière isolante en polyamide ou polyuréthane insérée entre les profilés intérieur et extérieur.
Vitrage opérable (ouvrant)
Les systèmes opérables comprennent les fenêtres à battant (casement), à guillotine (double-hung), à projection (hopper) et coulissantes (sliding). Chaque type possède des exigences spécifiques de quincaillerie, d'étanchéité et de réglage. La quincaillerie de fenêtre doit être ajustée pour assurer une compression uniforme des joints d'étanchéité, généralement entre 3 et 5 mm de compression.
Murs-rideaux (curtain wall)
Le mur-rideau est un système de façade non porteur fixé à la structure du bâtiment. Il supporte uniquement son propre poids et les charges de vent, transférées à la structure via des ancrages. Les systèmes courants incluent :
Les murs-rideaux doivent accommoder les mouvements différentiels entre la structure et la façade. Les joints de dilatation sont typiquement prévus à tous les 6 à 9 mètres dans les systèmes en aluminium.
Vitrage structural (structural glazing)
Le vitrage structural utilise un adhésif silicone structural pour fixer le verre au cadre sans pression mécanique visible. Le silicone structural doit être certifié selon la norme CAN/CGSB-19.13 et appliqué dans des conditions contrôlées (température entre 5°C et 40°C, humidité relative inférieure à 80 %). La largeur minimale du joint structural est de 6 mm, mais les calculs d'ingénierie déterminent les dimensions exactes.
Matériaux et composants
Types de verre
| Type de verre | Épaisseurs courantes | Utilisation typique |
|---|---|---|
| Recuit (float) | 3 mm – 25 mm | Intérieur, vitrage simple |
| Trempé (thermiquement renforcé) | 4 mm – 19 mm | Portes, verrières, zones de sécurité |
| Feuilleté (laminate) | 5 mm – 25 mm (total) | Sécurité, garde-corps, toits |
| Isolant (double/triple vitrage) | 20 mm – 50 mm (total) | Fenêtres, murs-rideaux |
| À faible émissivité (Low-E) | Variable | Contrôle solaire, isolation |
Le verre trempé est quatre à cinq fois plus résistant que le verre recuit de même épaisseur. Il se brise en petits fragments granulaires non coupants. Le verre feuilleté conserve ses fragments en place grâce à l'intercalaire PVB (polyvinyl butyral) ou SGP (SentryGlas Plus), typiquement de 0,38 mm à 1,52 mm d'épaisseur.
Profilés et cadres
Les profilés en aluminium extrudé sont les plus répandus dans les systèmes commerciaux. Les alliages couramment utilisés sont le 6063-T5 et le 6063-T6, avec une finition anodisée (classe architecturale AA-M10C22A41) ou une finition thermolaquée (poudre). Les tolérances dimensionnelles des profilés sont régies par la norme CSA A440 pour les fenêtres et la norme AAMA pour les murs-rideaux.
Joints et cales
Les cales d'appui (setting blocks) sont des blocs en néoprène ou EPDM placés au quart de la largeur du panneau, jamais au centre. Elles supportent le poids du verre et préviennent le contact verre-métal. Les cales latérales (side blocks) maintiennent le panneau centré et contrôlent les mouvements thermiques.
Les joints d'étanchéité sont classés en deux catégories :
Le silicone structural est le seul mastic recommandé pour le vitrage structural. Le polyuréthane est utilisé pour les joints de dilatation entre panneaux. Le polysulfure est employé dans la fabrication des vitrages isolants.
Procédures d'installation
Préparation du chantier
Avant toute installation, vous devez :
Installation d'un système storefront
Étape 1 : Traçage et ancrage
Tracez l'emplacement des montants selon les plans. Les ancrages doivent être espacés d'au plus 600 mm sur les montants et 450 mm sur les traverses. Utilisez des ancrages en acier galvanisé ou en aluminium, fixés avec des chevilles mécaniques ou chimiques. Le couple de serrage doit respecter les spécifications du fabricant (typiquement 10-15 N·m pour les vis de 8 mm).
Étape 2 : Assemblage du cadre
Assemblez les montants et traverses avec des équerres en aluminium ou des connecteurs à visser. Les joints doivent être étanchéisés avec un mastic silicone neutre. Vérifiez l'équerrage avec un niveau laser — la diagonale ne doit pas varier de plus de 2 mm sur 2 m.
Étape 3 : Pose des cales et du verre
Placez les cales d'appui en néoprène (duromètre 80-90 Shore A) aux points marqués. Insérez le panneau de verre avec des ventouses, en le guidant sans forcer. Les cales latérales doivent être installées après le centrage du panneau.
Étape 4 : Fixation et étanchéité
Installez les gaskets ou appliquez le mastic. Pour le mastic silicone, la largeur du joint doit être au moins égale à la moitié de sa profondeur (ratio 2:1 largeur/profondeur). Le lissage du mastic doit se faire dans les 10 minutes suivant l'application.
Installation d'un mur-rideau
Étape 1 : Relevé topographique
Effectuez un relevé précis de la structure. Les écarts par rapport aux plans doivent être documentés et corrigés avant l'installation. La tolérance de positionnement des ancrages est de ± 6 mm.
Étape 2 : Installation des montants
Les montants sont installés de bas en haut, avec un jeu de dilatation de 12 à 20 mm entre les sections. Les connecteurs de montants doivent permettre le mouvement vertical tout en transmettant les charges latérales.
Étape 3 : Pose des traverses
Les traverses sont clipsées ou vissées aux montants. Les joints entre traverses et montants doivent être étanchéisés avec du silicone. Les trous de drainage (weep holes) doivent être prévus à la base des montants, typiquement 6 mm de diamètre, espacés de 600 mm maximum.
Étape 4 : Installation des panneaux
Les panneaux de verre sont installés de l'intérieur ou de l'extérieur selon le système. Utilisez des ventouses à vide avec une capacité de charge supérieure au poids du panneau. Vérifiez que les gaskets sont correctement positionnés avant la fixation définitive.
Installation de vitrage isolant
Le vitrage isolant (double ou triple) requiert une manipulation particulière :
La pression barométrique à l'intérieur du vitrage isolant est scellée en usine. L'installation à haute altitude peut causer une déformation du verre. Les panneaux avec une différence d'altitude de plus de 600 m par rapport au lieu de fabrication doivent être signalés au fabricant.
Calculs et dimensionnement
Calcul de la charge de vent
La pression de vent de calcul est déterminée selon le Code national du bâtiment du Canada (CNB) , partie 4 et le Commentaire I (charges de vent). La formule simplifiée :
p = q × Ce × Cg × Cp
Où :
Pour un bâtiment de 10 m en terrain urbain, la pression de calcul typique varie de 0,8 à 1,5 kPa. Le vitrage doit résister à cette pression avec un facteur de sécurité de 2,5 pour le verre recuit et de 4 pour le verre trempé.
Calcul de la flèche admissible
La flèche maximale des profilés sous charge de vent est limitée à :
Où L est la portée libre du profilé. Par exemple, un montant de mur-rideau de 3,6 m de portée aura une flèche maximale de 3600/240 = 15 mm.
Calcul des cales d'appui
La largeur minimale des cales d'appui est calculée selon la formule :
Largeur = (Poids du panneau × 1,5) / (Longueur de cale × Résistance du matériau)
Pour un panneau de 2,4 m × 1,5 m en verre isolant de 24 mm (poids ≈ 60 kg/m²), le poids total est de 216 kg. Avec des cales de 100 mm de longueur en néoprène (résistance de 7 MPa), la largeur requise est :
(216 × 9,81 × 1,5) / (0,1 × 7 × 10⁶) = 0,0045 m = 4,5 mm
On utilise donc des cales de 6 mm de largeur minimale.
Normes et codes applicables
Code national du bâtiment du Canada (CNB)
Le CNB est la référence principale pour les exigences de sécurité. Les sections pertinentes incluent :
Le vitrage de sécurité est requis dans les zones suivantes (article 3.3.1.19 du CNB) :
CSA A440 — Fenêtres
La norme CSA A440 (Fenêtres) spécifie les méthodes d'essai et les exigences de performance pour les fenêtres. Les classifications incluent :
La classification de performance est exprimée en trois chiffres : par exemple, A3/B7/C5 signifie :
CSA A500 — Murs-rideaux
La norme CSA A500 (Murs-rideaux) couvre la conception, l'installation et les essais des murs-rideaux. Elle exige des essais de performance pour :
Code canadien de l'électricité, Chapitre V
Bien que le Code canadien de l'électricité, Chapitre V (C22.1) concerne principalement l'électricité, il est pertinent pour le glazier lors de l'installation de vitrage électrochromique ou de systèmes de dégivrage. La règle 8-200 exige que tous les circuits soient protégés contre les surintensités. Les connexions électriques dans les cadres de fenêtres doivent être conformes aux exigences de la règle 12-100 concernant les méthodes de câblage.
CSA B149.1 — Gaz naturel et propane
La CSA B149.1 (Code d'installation du gaz naturel et du propane) s'applique lorsque le vitrage est installé à proximité d'appareils à gaz. La règle 8.4 spécifie les distances minimales entre les évents d'appareils à gaz et les ouvertures de ventilation ou les fenêtres opérables. Ces distances varient de 300 mm à 1200 mm selon le type d'appareil et la puissance.
Sécurité et manipulation du verre
Équipement de protection individuelle (EPI)
Le glazier doit porter :
Techniques de levage
Le levage manuel du verre est limité à 25 kg par personne. Au-delà, utilisez des ventouses mécaniques ou une grue. Les ventouses doivent avoir une capacité de charge de 4 fois le poids du panneau. La surface du verre doit être propre et sèche pour assurer l'adhérence.
Pour les panneaux de grande dimension, utilisez un chariot porte-verre (A-frame) avec des sangles de retenue. Le transport vertical du verre doit se faire avec une inclinaison de 5° à 10° par rapport à la verticale pour répartir le poids.
Risques spécifiques
Le verre trempé peut se briser spontanément en raison d'inclusions de sulfure de nickel. Ce phénomène est rare (1 sur 10 000 panneaux) mais imprévisible. Le traitement par trempage (heat soak test) réduit ce risque en provoquant la rupture des panneaux défectueux en usine.
Les bords du verre doivent être protégés pendant la manipulation. Les bords bruts (arêtes vives) doivent être meulés ou polis avant installation. Les bords polis sont requis pour le verre feuilleté exposé.
Contrôle de qualité et inspection
Vérifications avant installation
Vérifications après installation
Essais d'étanchéité
L'essai d'étanchéité à l'eau est effectué selon la norme ASTM E1105 ou AAMA 501. La pression d'essai est généralement de 15 % supérieure à la pression de conception. L'eau est pulvérisée à un débit de 3,4 L/m²·min pendant 15 minutes. Aucune pénétration d'eau dans l'espace intérieur n'est acceptable.
Résumé
Pièges à éviter
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