Chapitre X

Mise à la terre, liaison et protection

Guide d'étude Red Seal Practice avec schémas.

Mise à la terre, liaison et protection

Introduction

Ce chapitre couvre l'un des domaines les plus mal compris et pourtant les plus critiques du métier d'électricien industriel : la mise à la terre, la liaison équipotentielle et les dispositifs de protection. Pour l'examen Sceau rouge, vous devez non seulement connaître les définitions, mais aussi savoir appliquer les règles du Code canadien de l'électricité (CCÉ) dans des scénarios industriels concrets. Environ 10 à 15 % des questions de l'examen portent sur ce sujet. Une erreur de calcul ou une confusion entre les termes peut vous coûter des points précieux.

Ce chapitre est structuré pour suivre la logique du code : d'abord les définitions, puis les exigences de conception, les calculs, et enfin les pièges spécifiques à l'examen.

Définitions fondamentales

Avant toute chose, il est impératif de distinguer clairement les termes suivants. Le Sceau rouge teste spécifiquement votre capacité à différencier ces concepts, car une confusion entraîne des erreurs de câblage dangereuses.

Mise à la terre (mise à la terre de service)

La mise à la terre consiste à relier intentionnellement un système électrique (généralement le conducteur neutre) à la terre (le sol) via une électrode de mise à la terre. Le but principal est de limiter la surtension causée par la foudre, les surtensions de commutation ou un contact accidentel avec des lignes à plus haute tension. Elle fournit également une référence de potentiel stable pour le système.

Liaison équipotentielle (bonding)

La liaison équipotentielle est la connexion électrique permanente de toutes les pièces métalliques non conductrices de courant (masses) pour maintenir un potentiel égal. Cela inclut les conduits, les chemins de câbles, les enveloppes métalliques des moteurs, les châssis de transformateurs, etc. Le but est de prévenir les chocs électriques en éliminant les différences de potentiel dangereuses entre les surfaces accessibles.

Conducteur de mise à la terre (grounding conductor)

C'est le conducteur qui relie le système (point neutre) à l'électrode de mise à la terre. Il est identifié par la couleur verte ou verte avec un liseré jaune.

Conducteur de liaison équipotentielle (bonding conductor)

C'est le conducteur qui relie les masses entre elles et au conducteur de mise à la terre. Il assure la continuité électrique. Dans la pratique industrielle, il est souvent confondu avec le conducteur de terre, mais sa fonction est distincte.

Conducteur de protection (equipment grounding conductor)

C'est le conducteur qui relie les masses (enveloppes des équipements) au conducteur de mise à la terre. Il est essentiel pour le fonctionnement des dispositifs de protection contre les surintensités : en cas de défaut d'isolation, le courant de défaut circule par ce conducteur, ce qui permet au disjoncteur ou au fusible de se déclencher.

TermeFonction principaleIdentification
Conducteur de mise à la terreRelie le système à l'électrode de terreVert / Vert-jaune
Conducteur de liaisonRelie les masses entre ellesVert / Vert-jaune
Conducteur de protectionRelie les masses au système mis à la terreVert / Vert-jaune
Conducteur neutreConducteur de retour du courant (système)Blanc / Gris

Principes de conception selon le CCÉ

Le Code canadien de l'électricité, Première partie (CSA C22.1) est la référence normative pour l'examen. Les règles clés pour ce chapitre se trouvent dans la Section 10 (Mise à la terre et liaison équipotentielle) et la Section 14 (Protection contre les surintensités).

Règle 10-200 : Exigences générales

Cette règle stipule que tous les systèmes électriques doivent être mis à la terre, sauf exceptions spécifiques (ex. : systèmes de commande à très basse tension, certains systèmes de signalisation). Pour un électricien industriel, la règle générale est : tout système de distribution doit avoir un conducteur mis à la terre.

Règle 10-204 : Mise à la terre des enveloppes

Toutes les enveloppes métalliques (armoires de commande, boîtes de jonction, moteurs, transformateurs) doivent être reliées à la terre. La continuité doit être assurée par un conducteur de protection ou par des méthodes mécaniques approuvées (conduits métalliques vissés, par exemple).

Règle 10-300 : Électrodes de mise à la terre

Le code exige un minimum de deux électrodes si la résistance de la première électrode dépasse 25 Ω. En pratique industrielle, on installe souvent plusieurs électrodes. Les types d'électrodes acceptés sont :

Électrode de fondation (dans le béton)
Électrode de type tige (cuivre ou acier cuivré)
Électrode de type plaque
Conduite d'eau métallique souterraine (si elle est approuvée par l'autorité compétente)

Important pour l'examen : La résistance de la prise de terre doit être mesurée à l'aide d'un telluromètre (testeur de résistance de terre). La valeur maximale acceptable est de 25 Ω pour une électrode seule.

Règle 10-400 : Conducteurs de mise à la terre

Le calibre du conducteur de mise à la terre est déterminé selon le Tableau 16 du CCÉ. Ce tableau est basé sur le calibre du conducteur de phase le plus gros du système. Vous devez être capable de lire ce tableau rapidement.

Calibre du conducteur de phase (cuivre)Calibre minimal du conducteur de mise à la terre (cuivre)
2 AWG et moins8 AWG
1 AWG à 3/0 AWG6 AWG
4/0 AWG à 350 kcmil4 AWG
400 kcmil à 600 kcmil2 AWG
650 kcmil à 1000 kcmil1/0 AWG

Note : Pour l'aluminium, il faut monter de deux calibres par rapport au cuivre pour une même capacité.

Calculs de courant de défaut et protection

Courant de défaut maximal

Le courant de défaut maximal (courant de court-circuit) est déterminé par la formule suivante :

I_défaut = V_phase / Z_total

Où :

V_phase est la tension phase-terre (ex. : 347 V dans un système 600 V)
Z_total est l'impédance totale du circuit de défaut (source + conducteurs + défaut)

En pratique, l'électricien industriel doit s'assurer que le dispositif de protection a une capacité de coupure suffisante. Le Tableau 1 du CCÉ donne les impédances des conducteurs pour calculer les courants de défaut.

Règle 14-100 : Capacité de coupure

Chaque dispositif de protection doit avoir une capacité de coupure supérieure ou égale au courant de défaut maximal disponible au point où il est installé. Par exemple, si le courant de défaut calculé est de 25 000 A, un disjoncteur de 10 000 A de capacité de coupure est inadéquat.

Règle 14-200 : Protection contre les surintensités

Les conducteurs doivent être protégés contre les surintensités selon leur ampacité (Tableau 2 du CCÉ). Le dispositif de protection doit être calibré au plus près de l'ampacité du conducteur, avec les tolérances permises par le code (généralement 125 % pour les charges continues).

Exemple de calcul :

Un moteur de 50 HP, 600 V, triphasé, a un courant à pleine charge de 52 A (selon le Tableau 44 du CCÉ). Le conducteur doit être calibré à 125 % de ce courant : 52 A × 1,25 = 65 A. Le conducteur minimal est un 6 AWG (ampacité de 65 A à 75 °C). Le dispositif de protection doit être calibré à 70 A (la valeur standard supérieure la plus proche).

Mise à la terre des systèmes industriels spécifiques

Systèmes à haute tension (plus de 750 V)

Les installations industrielles comportent souvent des réseaux à 4160 V ou 13 800 V. La mise à la terre de ces systèmes doit être faite avec un soin particulier. Le CCÉ exige :

Un conducteur de mise à la terre dédié
Des électrodes de mise à la terre distinctes pour le neutre du transformateur
Une liaison équipotentielle de toutes les masses accessibles

Systèmes à neutre mis à la terre par impédance

Dans certaines industries (mines, pétrochimie), on utilise une mise à la terre par résistance ou par inductance pour limiter le courant de défaut à une valeur connue (souvent 5 A ou 10 A). Cela permet de détecter les défauts sans arrêter la production. Le CCÉ permet cette pratique sous certaines conditions (règle 10-1100).

Zones classées (emplacements dangereux)

Dans les zones où des gaz ou poussières inflammables sont présents (classification selon la CSA C22.1, Annexe J), la mise à la terre et la liaison équipotentielle sont critiques. Les exigences sont plus strictes :

Conducteurs de mise à la terre plus gros
Liaison équipotentielle obligatoire de tous les éléments métalliques
Utilisation de joints filetés pour assurer la continuité dans les conduits

Liaison équipotentielle : procédures pratiques

Vérification de la continuité

Pour l'examen, vous devez connaître la procédure de vérification de la continuité de la liaison équipotentielle :

65.Couper l'alimentation électrique
66.Utiliser un ohmmètre (ou un micro-ohmmètre pour les grandes liaisons)
67.Mesurer la résistance entre le point de mise à la terre et chaque masse
68.La résistance doit être inférieure à 0,1 Ω pour une liaison correcte (selon les bonnes pratiques industrielles)

Règle 10-402 : Longueur du conducteur de liaison

Le conducteur de liaison doit être aussi court que possible. S'il est trop long, son impédance augmente, ce qui réduit l'efficacité de la protection. Le code ne fixe pas de longueur maximale, mais il exige que le conducteur soit dimensionné selon le Tableau 16.

Tableau comparatif des méthodes de liaison

MéthodeAvantagesInconvénientsUsage typique
Conduit métallique visséContinuité naturelle, robusteCorrosion possible aux jointsZones humides
Conducteur de liaison dédiéFlexible, facile à inspecterNécessite un chemin dédiéArmoires de commande
TresSE tresséeFlexible, résiste aux vibrationsRésistance plus élevéeMoteurs, équipements vibrants
Soudures exothermiquesConnexion permanente, faible résistanceNécessite un équipement spécialÉlectrodes de terre

Protection contre les surtensions

Parafoudres et parasurtenseurs

Les installations industrielles doivent être protégées contre les surtensions transitoires (foudre, commutation). Le CCÉ, règle 10-600, exige l'installation de parafoudres dans certaines conditions :

Alimentation aérienne
Transformateurs de puissance
Équipements électroniques sensibles

Le choix d'un parafoudre est basé sur :

La tension nominale du système
Le courant de décharge maximal
Le niveau de protection (tension résiduelle)

Règle 10-602 : Mise à la terre des parafoudres

Le conducteur de mise à la terre d'un parafoudre doit être aussi court et direct que possible. Il ne doit pas avoir de boucles ni de coudes serrés. La longueur maximale recommandée est de 6 mètres pour une efficacité optimale.

Calculs spécifiques pour l'examen

Calcul de la résistance de la prise de terre

La résistance d'une électrode de type tige est approximée par la formule :

R = ρ / (2 × π × L) × ln(4 × L / d)

Où :

ρ = résistivité du sol (Ω·m)
L = longueur de la tige (m)
d = diamètre de la tige (m)

Exemple :

Une tige de 3 m de long, 16 mm de diamètre, dans un sol de résistivité 100 Ω·m :

R = 100 / (2 × π × 3) × ln(4 × 3 / 0,016)

R = 5,31 × ln(750)

R = 5,31 × 6,62 = 35,1 Ω

Cette valeur dépasse 25 Ω, donc une deuxième électrode est nécessaire. Deux électrodes en parallèle donnent environ la moitié de la résistance (si elles sont espacées d'au moins 3 m).

Calcul du courant de défaut pour la coordination

Pour vérifier la coordination des protections, on calcule le courant de défaut à chaque niveau :

I_défaut = V_phase / (Z_source + Z_conducteurs)

Le Tableau D.3 du CCÉ donne les impédances des transformateurs typiques. Par exemple, un transformateur de 1000 kVA, 600 V, a une impédance de 5,75 %. Le courant de défaut maximal est :

I_défaut = 600 / (√3 × 0,0575 × (600 / (√3 × 962)))

= 962 A / 0,0575 = 16 730 A

Ce calcul est essentiel pour choisir la capacité de coupure des disjoncteurs.

Exigences d'inspection et d'entretien

Vérifications périodiques

Pour l'examen, retenez les intervalles d'inspection recommandés :

ÉquipementFréquence d'inspectionPoints de contrôle
Électrodes de terreAnnuelleRésistance, corrosion
Liaisons équipotentiellesSemestrielleSerrage, corrosion, continuité
ParafoudresAnnuelleIndicateur de décharge, connexions
Conducteurs de mise à la terreAnnuelleIntégrité, fixation

Règle 10-100 : Documentation

Le code exige que les installations de mise à la terre soient documentées. Les plans doivent indiquer :

L'emplacement des électrodes
Le calibre des conducteurs
Les valeurs de résistance mesurées
Les dates des inspections

Pièges à éviter

Ce sont les erreurs les plus fréquentes commises par les candidats à l'examen Sceau rouge :

118.Confondre conducteur neutre et conducteur de mise à la terre : Le neutre porte le courant en conditions normales ; le conducteur de mise à la terre ne porte du courant qu'en cas de défaut. Ils ne doivent JAMAIS être interconnectés en aval du point de séparation (règle 10-208).
119.Oublier le facteur 125 % pour les charges continues : Lors du calcul de la protection des conducteurs, le courant nominal doit être multiplié par 1,25 pour les charges qui fonctionnent plus de 3 heures.
120.Utiliser le Tableau 16 pour les conducteurs de liaison au lieu du Tableau 2 : Le Tableau 16 est spécifique aux conducteurs de mise à la terre et de liaison. Le Tableau 2 est pour les conducteurs de phase.
121.Négliger la longueur du conducteur de mise à la terre du parafoudre : Un conducteur trop long (> 6 m) rend le parafoudre inefficace.
122.Croire que la liaison équipotentielle est optionnelle si les conduits sont métalliques : Le code exige un conducteur de liaison dédié dans la plupart des installations industrielles, même si les conduits assurent une continuité mécanique.
123.Confondre les exigences pour les systèmes à neutre mis à la terre par impédance : Ces systèmes ne sont pas mis à la terre directement ; le neutre est connecté à la terre via une résistance ou une inductance.
124.Oublier que la résistance de terre doit être mesurée, pas estimée : Le code exige une mesure réelle avec un telluromètre.
125.Utiliser des connecteurs non approuvés pour les liaisons : Les connecteurs doivent être conformes à la norme CSA et adaptés à l'application (ex. : connecteurs exothermiques pour les électrodes).

Résumé

La mise à la terre, la liaison équipotentielle et la protection sont les fondements de la sécurité électrique industrielle. Pour réussir l'examen Sceau rouge, vous devez maîtriser :

Les définitions précises : mise à la terre (système vers terre), liaison équipotentielle (masses entre elles), conducteur de protection (masses vers système).
Les règles du CCÉ, Section 10 : électrodes (règle 10-300), conducteurs (règle 10-400), parafoudres (règle 10-600).
Les calculs de courant de défaut : pour dimensionner les dispositifs de protection et vérifier leur capacité de coupure.
Le Tableau 16 : pour dimensionner les conducteurs de mise à la terre et de liaison.
Les exigences spécifiques aux environnements industriels : haute tension, zones classées, systèmes à neutre impédant.

La clé est de raisonner en termes de chemin de défaut : en cas de défaut d'isolation, le courant doit pouvoir circuler de la masse vers la source via un chemin à faible impédance pour déclencher la protection. Si ce chemin est interrompu ou trop résistif, la protection ne fonctionne pas et le choc électrique devient possible.

Questions de révision

135.Quelle est la résistance maximale acceptable pour une électrode de mise à la terre seule ?
136.Quel tableau du CCÉ utilise-t-on pour dimensionner un conducteur de mise à la terre ?
137.Quelle est la différence entre un conducteur de mise à la terre et un conducteur de liaison équipotentielle ?
138.Pourquoi la longueur du conducteur de mise à la terre d'un parafoudre est-elle limitée ?
139.Quel est le courant de défaut maximal pour un transformateur de 750 kVA, 600 V, avec une impédance de 5 % ?
140.Dans quel cas doit-on installer une deuxième électrode de mise à la terre ?
141.Quelle est la couleur d'identification du conducteur de mise à la terre ?
142.Pourquoi les systèmes à neutre mis à la terre par impédance sont-ils utilisés dans certaines industries ?

Réponses : 1) 25 Ω ; 2) Tableau 16 ; 3) Le conducteur de mise à la terre relie le système à la terre, le conducteur de liaison relie les masses entre elles ; 4) Pour limiter l'impédance et assurer une décharge efficace ; 5) I = 750 000 / (√3 × 600 × 0,05) = 14 434 A ; 6) Si la résistance de la première électrode dépasse 25 Ω ; 7) Vert ou vert avec liseré jaune ; 8) Pour limiter le courant de défaut et permettre la détection des défauts sans arrêt de production.

Prêt à tester ce chapitre ?

Entraînez-vous avec des questions conformes aux examens et des simulations chronométrées.

Commencer à pratiquer gratuitement