Chapitre I

Santé et sécurité au travail, élingage et levage

Guide d'étude Red Seal Practice avec schémas.

Santé et sécurité au travail, élingage et levage

Introduction au chapitre

Ce chapitre couvre l'ensemble des connaissances requises pour l'examen Sceau rouge (Red Seal) du métier de briquetier-maçon concernant la santé et la sécurité au travail, le rigging (élingage) et le levage. Vous devez maîtriser ces notions non seulement pour réussir l'examen, mais aussi pour travailler en toute sécurité sur les chantiers. Les questions d'examen portent sur les réglementations fédérales, les normes CSA et les principes physiques du levage. Ce chapitre est structuré pour vous donner une vue complète et hiérarchisée des connaissances à acquérir.

Santé et sécurité au travail : cadre réglementaire

Le Système d'information sur les matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT)

Le SIMDUT est un système national visant à communiquer l'information sur les matières dangereuses. Pour le briquetier, les produits les plus courants sont les ciments, les chaux, les additifs, les scellants et les nettoyants acides. Vous devez savoir interpréter les trois éléments du SIMDUT : les étiquettes, les fiches de données de sécurité (FDS) et le programme de formation.

Les étiquettes des fournisseurs doivent comporter : le nom du produit, les pictogrammes de danger (10 classes), les mentions de danger (phrases H), les conseils de prudence (phrases P), l'identificateur du fournisseur et la mention « Voir la FDS ». Les pictogrammes sont des symboles dans un losange à bordure rouge. Les principaux pictogrammes que vous verrez sur les produits de maçonnerie sont : le point d'exclamation (danger pour la santé), la corrosion (brûlures cutanées), le danger pour l'environnement et la flamme (inflammable).

La FDS doit être disponible sur le lieu de travail et contient 16 sections. Les sections les plus importantes pour le briquetier sont la section 2 (identification des dangers), la section 4 (premiers soins), la section 5 (mesures à prendre en cas d'incendie), la section 6 (mesures en cas de déversement accidentel) et la section 8 (contrôle de l'exposition et protection individuelle).

Le ciment Portland : dangers spécifiques

Le ciment Portland humide a un pH très élevé (environ 12 à 13). Le contact prolongé avec la peau peut causer des brûlures chimiques graves, même si la sensation de brûlure n'est pas immédiate. La prévention consiste à porter des gants imperméables, des vêtements de protection, des lunettes étanches et à se laver immédiatement en cas de contact. Ne jamais laisser du ciment humide dans les bottes — cela peut causer des brûlures du troisième degré nécessitant une amputation.

Le Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail (RCSST)

Le RCSST (DORS/86-304) s'applique aux employeurs sous juridiction fédérale, mais ses principes sont repris par toutes les juridictions. Les sections pertinentes pour le briquetier :

SectionSujetExigence clé
Partie IIÉquipement de protection individuelle (ÉPI)Port obligatoire des lunettes, casque, chaussures de sécurité
Partie VIINiveaux de bruitLimite de 87 dBA pour 8 heures (Lex)
Partie VIIIÉclairageMinimum 100 lux pour les travaux de maçonnerie
Partie IXAccès et sortiesÉchelles, échafaudages conformes
Partie XIIOutillageInspection et entretien obligatoires
Partie XIVManutention manuelleFormation aux techniques de levage

Les trois droits fondamentaux du travailleur

Le travailleur a : le droit de savoir (connaître les dangers), le droit de participer (au comité de santé et sécurité) et le droit de refuser un travail dangereux. Pour refuser un travail, la procédure est : signaler le danger au superviseur, attendre l'enquête, si le danger persiste, contacter le comité de santé et sécurité. L'examen Sceau rouge teste souvent cette procédure.

Le Code canadien du travail (CCT) — Partie II

Le CCT Partie II énonce les droits et responsabilités des employeurs, des superviseurs et des employés. L'employeur doit fournir un lieu de travail sécuritaire, former les employés, fournir l'ÉPI et afficher les consignes. Le superviseur doit s'assurer que les employés suivent les procédures. L'employé doit utiliser l'ÉPI, signaler les dangers et ne pas mettre en danger les autres.

Échafaudages et plateformes de travail

Types d'échafaudages utilisés en maçonnerie

Le briquetier travaille fréquemment sur des échafaudages. Les types courants :

Échafaudage à cadres (tubulaire) : le plus courant, composé de cadres, de croisillons, de semelles et de planchers.
Échafaudage à colonnes (système modulaire) : utilisé pour les travaux lourds.
Échafaudage volant : suspendu par des câbles, utilisé pour les réparations.
Plateforme élévatrice à ciseaux : pour les travaux intérieurs et extérieurs de faible hauteur.

Règles de montage et d'utilisation

La norme CSA S269.2 (Échafaudages) et la norme CSA S269.1 (Échafaudages suspendus) sont les références. Les règles essentielles :

La base doit être de niveau et supportée par des semelles (planches de 50 mm × 250 mm minimum) sur un sol compacté.
Le rapport hauteur/largeur : la hauteur ne doit pas dépasser 3 fois la largeur de la base, à moins d'être ancré ou contreventé.
Les ancrages doivent être installés à tous les 3 mètres horizontalement et à tous les 6 mètres verticalement.
Le plancher doit être complet, sans espaces, et avoir une largeur minimale de 500 mm.
Les garde-corps : hauteur de 900 mm à 1100 mm, avec une lisse intermédiaire et une plinthe.
La charge maximale doit être affichée. La charge de conception est généralement de 250 kg/m² pour les échafaudages de travail léger, 500 kg/m² pour le travail moyen (maçonnerie) et 750 kg/m² pour le travail lourd.

Inspection des échafaudages

L'échafaudage doit être inspecté par une personne compétente avant chaque utilisation, après tout événement pouvant l'affecter et au moins une fois par semaine. Les points d'inspection : les soudures, les cadres déformés, les connexions, les planchers, les garde-corps, les ancrages, les semelles.

Échelles

Les échelles portatives doivent être conformes à la CSA Z11. Les règles : angle d'inclinaison de 75° (rapport 4:1), dépassement de 1 mètre au-dessus du palier, base stable, échelle en bon état. Les échelles métalliques sont interdites près des lignes électriques. La hauteur maximale d'utilisation d'une échelle simple est de 9 mètres.

Rigging et élingage : principes fondamentaux

Terminologie essentielle

Élingue : assemblage de câbles, de chaînes ou de sangles avec des accessoires pour suspendre une charge.
Élingue à câble d'acier : composée de câbles toronnés, avec des épissures ou des manilles.
Élingue à chaîne : utilisée pour les charges abrasives ou à haute température.
Élingue textile (sangle) : légère, utilisée pour les charges fragiles, mais sensible aux coupures.
Manille : accessoire de connexion en forme de U avec une broche.
Crochet : doit avoir un linguet de sécurité.
Angle d'élingage : angle entre l'élingue et la verticale.
Charge nominale (capacité) : charge maximale qu'un accessoire peut supporter dans des conditions spécifiques.
Facteur de sécurité : rapport entre la charge de rupture et la charge nominale. Pour les élingues, le facteur est de 5:1 pour les câbles et chaînes, 7:1 pour les textiles.

Le câble d'acier

Le câble d'acier est désigné par sa construction, par exemple 6 × 19 (6 torons de 19 fils) ou 6 × 37. Le diamètre se mesure sur la plus grande dimension (diamètre du cercle circonscrit). Les critères de rejet d'un câble :

DéfautCritère de rejet
Fils cassés6 fils cassés sur une longueur de 6 diamètres, ou 3 fils cassés dans un toron
UsureRéduction de diamètre de 10 % ou plus
CorrosionCorrosion visible, piqûres
DéformationNœuds, boucles, écrasement, toron déformé
ÉpissureÉpissure endommagée ou glissante

Les élingues à chaîne

Les chaînes sont conformes à la CSA G4 ou à l'ASTM A391. Les critères de rejet : maillons allongés de plus de 5 %, fissures, corrosion profonde, déformation. Les chaînes doivent être lubrifiées régulièrement. La température maximale d'utilisation est de 200 °C pour les chaînes de grade 80.

Les élingues textiles

Les sangles sont conformes à la CSA Z259.15. Elles sont sensibles aux coupures, à l'abrasion et aux UV. Les critères de rejet : coutures déchirées, coupures, brûlures, déformation, étiquette illisible. La température maximale est de 100 °C pour le polyester, 80 °C pour le nylon.

Les accessoires de levage

Manilles : la charge nominale est indiquée sur le corps. Le facteur de sécurité est de 5:1. Les manilles doivent être vissées à fond et la goupille doit être insérée.
Crochets : doivent avoir un linguet de sécurité fonctionnel. L'usure de la gorge ne doit pas dépasser 10 % du diamètre.
Anneaux et émerillons : vérifier l'usure et la rotation libre.

Calculs de charge et angles d'élingage

La formule fondamentale

La tension dans chaque brin d'élingue est donnée par :

T = (P / n) × (1 / cos θ)

Où :

T = tension dans chaque brin (kg ou kN)
P = poids de la charge (kg ou kN)
n = nombre de brins porteurs
θ = angle entre l'élingue et la verticale (degrés)

Tableau des facteurs de réduction pour les angles

Angle θ (degrés)Facteur de multiplication (1/cos θ)Réduction de capacité
0° (vertical)1,00100 %
15°1,0496 %
30°1,1686 %
45°1,4171 %
60°2,0050 %
90°∞ (infini)0 % (interdit)

Règle pratique : l'angle entre les deux brins d'une élingue à deux brins ne doit jamais dépasser 90°. Au-delà de 120°, la charge est interdite. L'angle optimal est de 60° ou moins.

Exemple de calcul

Une charge de 1 500 kg est levée avec une élingue à 2 brins formant un angle de 45° avec la verticale. La tension dans chaque brin :

T = (1 500 / 2) × (1 / cos 45°) = 750 × 1,41 = 1 058 kg

Chaque brin doit avoir une charge nominale d'au moins 1 058 kg. Si l'angle était de 60°, la tension serait de 1 500 kg par brin — la charge nominale doit doubler.

Calcul du poids des matériaux de maçonnerie

Pour estimer le poids d'une charge, utilisez les masses volumiques :

MatériauMasse volumique (kg/m³)
Brique d'argile1 800 – 2 000
Bloc de béton (normal)2 200
Bloc de béton (léger)1 400 – 1 800
Mortier durci2 000 – 2 200
Pierre naturelle (granit)2 600 – 2 800
Pierre calcaire2 200 – 2 500
Béton armé2 400

Exemple : une palette de 100 blocs de béton de 20 cm × 20 cm × 40 cm (masse volumique 2 200 kg/m³). Volume d'un bloc : 0,20 × 0,20 × 0,40 = 0,016 m³. Masse d'un bloc : 0,016 × 2 200 = 35,2 kg. Masse totale : 100 × 35,2 = 3 520 kg.

Le centre de gravité

Le centre de gravité d'une charge doit être situé sous le point d'accrochage. Si la charge est asymétrique, le point d'accrochage doit être déplacé ou des élingues de longueurs différentes doivent être utilisées. Une charge dont le centre de gravité est décalé peut basculer lors du levage. Pour une charge rectangulaire uniforme, le centre de gravité est au centre géométrique.

Procédures de levage et de signalisation

Les signaux de grutage

Le briquetier doit connaître les signaux manuels standard pour communiquer avec le grutier. Les signaux essentiels :

SignalDescription
LeverAvant-bras vertical, index pointé vers le haut, mouvement circulaire
DescendreAvant-bras vers le bas, index pointé vers le bas, mouvement circulaire
ArrêtBras horizontal, doigts fermés, mouvement latéral
Arrêt d'urgenceLes deux bras levés, poings fermés
Déplacer la flèche (gauche)Bras horizontal, pouce vers la gauche
Déplacer la flèche (droite)Bras horizontal, pouce vers la droite
Lever la flècheBras horizontal, pouce vers le haut
Descendre la flècheBras horizontal, pouce vers le bas

Les règles de levage sécuritaire

Vérifier la charge et l'élingage avant le levage.
S'assurer que la zone est dégagée.
Ne jamais se tenir sous une charge suspendue.
Utiliser une corde de guidage (tagline) pour contrôler la rotation.
Lever lentement pour tendre les élingues, vérifier l'équilibre, puis continuer.
Ne jamais laisser une charge suspendue sans surveillance.
Respecter la capacité de la grue et la portée.

Le plan de levage

Pour les charges lourdes ou complexes, un plan de levage écrit est requis. Il comprend : le poids de la charge, le centre de gravité, les points d'accrochage, le type d'élingues, la capacité de la grue, la portée, les conditions de vent, la séquence de levage et les mesures d'urgence.

Équipement de protection individuelle (ÉPI)

ÉPI obligatoire pour le briquetier

ÉPINormeUtilisation
Casque de sécuritéCSA Z94.1Protection contre les chutes d'objets
Lunettes de sécuritéCSA Z94.3Protection contre les projections (mortier, éclats)
Chaussures de sécuritéCSA Z195Semelle d'acier, semelle anti-perforation
GantsCSA Z259.4Protection chimique (ciment), coupures
Protecteur auditifCSA Z94.2Au-dessus de 85 dBA
RespirateurNIOSH N95 ou supérieurPoussières de silice cristalline

La silice cristalline

La silice cristalline (quartz) est présente dans la brique, le bloc, le mortier et la pierre. Le découpage, le meulage et le sablage libèrent des particules de silice respirable. L'exposition chronique cause la silicose, une maladie pulmonaire fibrosante irréversible. Les mesures de contrôle : utiliser de l'eau pour abattre la poussière, utiliser des outils avec aspiration, porter un respirateur N95 au minimum, se laver les mains avant de manger ou de fumer. La limite d'exposition professionnelle (VEMP) est de 0,025 mg/m³ (8 heures).

Premiers soins et situations d'urgence

Les brûlures chimiques (ciment)

En cas de contact avec du ciment humide : retirer les vêtements contaminés, rincer abondamment à l'eau claire pendant au moins 20 minutes, consulter un médecin. Ne pas neutraliser avec un acide ou une base.

Les chutes

Les chutes sont la première cause de décès sur les chantiers de maçonnerie. En cas de chute : ne pas déplacer la victime (risque de lésion médullaire), appeler les secours, couvrir la victime pour maintenir la température corporelle, ne pas donner à boire.

L'électrocution

Couper la source de courant avant de toucher la victime. Si impossible, utiliser un matériau non conducteur (bois sec) pour écarter la victime. Commencer la RCR si la victime ne respire pas.

Inspection et entretien des équipements

Fréquence d'inspection

ÉquipementAvant chaque utilisationPériodique
Élingues textilesOui (visuel)12 mois (détaillée)
Élingues à chaîneOui (visuel)12 mois (détaillée)
Câbles d'acierOui (visuel)6 mois (détaillée)
Manilles et crochetsOui (visuel)12 mois
ÉchafaudagesOui (visuel)7 jours (par compétent)
Treuils et palansOui (fonctionnel)12 mois

Registres d'inspection

Les inspections doivent être documentées. Le registre doit contenir : la date, le nom de l'inspecteur, l'équipement inspecté, les défauts trouvés, les mesures correctives. Les équipements défectueux doivent être retirés du service immédiatement et identifiés par une étiquette « HORS SERVICE ».

Résumé

Le SIMDUT exige que vous sachiez lire les étiquettes et les FDS pour les produits comme le ciment (pH élevé, brûlures chimiques).
Le RCSST et le Code canadien du travail Partie II définissent les droits et obligations en SST.
Les échafaudages doivent respecter la CSA S269.2 : semelles, ancrages, garde-corps, planchers complets, inspection régulière.
Les élingues (câble, chaîne, textile) ont des critères de rejet spécifiques : fils cassés, allongement, coupures.
La tension dans une élingue augmente avec l'angle : T = (P/n) × (1/cos θ). L'angle entre brins ne doit pas dépasser 90°.
Le centre de gravité doit être sous le point d'accrochage.
Les signaux manuels sont standardisés — vous devez les connaître par cœur.
La silice cristalline est le danger invisible majeur : utiliser l'eau, l'aspiration et un respirateur.
L'ÉPI est obligatoire : casque, lunettes, chaussures, gants, protecteurs auditifs.
Les registres d'inspection sont obligatoires pour tous les équipements de levage.

Pièges à éviter

124.Confondre angle d'élingage et angle entre brins : l'angle d'élingage θ est mesuré par rapport à la verticale. L'angle entre les deux brins est le double de θ. La règle des 90° s'applique à l'angle entre les brins, pas à θ.
125.Oublier le facteur de sécurité : la charge nominale est déjà calculée avec le facteur de sécurité. Ne multipliez pas la charge nominale par le facteur de sécurité dans vos calculs — utilisez la charge nominale directement.
126.Négliger le poids des accessoires : le poids des élingues, manilles et crochets doit être inclus dans le poids total de la charge.
127.Utiliser une élingue textile sur une arête vive : les arêtes vives (blocs de béton, pierre) coupent les sangles. Utilisez des protecteurs d'arête.
128.Croire que le ciment sec est inoffensif : le ciment sec peut causer des brûlures au contact de la sueur ou de l'humidité cutanée.
129.Ignorer les conditions de vent : un vent supérieur à 30 km/h peut rendre le levage de charges plates (palettes de briques) dangereux. Vérifiez les limites du fabricant de la grue.
130.Oublier le linguet de sécurité : un crochet sans linguet fonctionnel est un rejet immédiat — ne tentez jamais de le réparer.
131.Confondre les normes : la CSA S269.2 est pour les échafaudages, la CSA Z259.15 pour les élingues textiles, la CSA Z94.1 pour les casques. Ne mélangez pas les numéros.
132.Ne pas vérifier l'étiquette de charge nominale : toute élingue sans étiquette lisible est hors service.
133.Se tenir sous la charge : même pour une charge légère, c'est interdit et c'est une question d'examen classique.
134.Oublier le dépassement de 1 mètre pour les échelles : l'échelle doit dépasser d'au moins 1 mètre au-dessus du palier d'arrivée.
135.Calculer le volume en mètres cubes et oublier de convertir en kilogrammes : masse = volume × masse volumique. Vérifiez toujours vos unités.

Ce chapitre couvre l'essentiel pour l'examen Sceau rouge. Révisez les tableaux de critères de rejet et les formules de calcul — ce sont les questions les plus fréquentes. Bonne préparation.

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