Climatisation et systèmes de traitement d'air
Guide d'étude Red Seal Practice avec schémas.
Climatisation et systèmes de traitement d'air
Introduction au chapitre
Ce chapitre couvre les principes fondamentaux de la climatisation et des systèmes de traitement d'air tels qu'ils sont évalués dans l'examen Sceau rouge pour le métier de mécanicien en réfrigération et climatisation. Vous devez maîtriser non seulement les cycles thermodynamiques, mais aussi le dimensionnement des conduits, le calcul des charges thermiques, la psychrométrie appliquée, ainsi que les exigences réglementaires canadiennes. Ce chapitre est structuré pour suivre la progression logique de l'analyse d'un système : de la charge thermique au choix des équipements, puis à la distribution de l'air et à la mise en service.
1. Principes fondamentaux de la climatisation
1.1 Définition et objectifs du conditionnement d'air
Le conditionnement d'air est le processus de traitement de l'air pour contrôler simultanément sa température, son humidité, sa propreté et sa distribution, afin de maintenir des conditions de confort ou des conditions de procédé spécifiques. Pour l'examen, retenez que la climatisation ne se limite pas au refroidissement : elle englobe le chauffage, la ventilation, la filtration, l'humidification et la déshumidification.
Les quatre grandeurs psychrométriques fondamentales que vous devez connaître :
| Grandeur | Symbole | Unité | Définition |
|---|---|---|---|
| Température sèche | Tbs | °C | Température mesurée par un thermomètre ordinaire |
| Température humide | Tbh | °C | Température mesurée par un thermomètre dont le bulbe est enveloppé d'une mèche mouillée |
| Humidité relative | HR | % | Rapport de la pression partielle de vapeur d'eau à la pression de saturation à la même température |
| Humidité absolue | ω | g/kg d'air sec | Masse de vapeur d'eau par kilogramme d'air sec |
1.2 Le confort thermique
Le confort thermique est défini par la norme ASHRAE 55 comme l'état d'esprit qui exprime la satisfaction à l'égard de l'environnement thermique. Les facteurs influençant le confort sont :
Pour l'examen, retenez la zone de confort estival typique : 24 °C ± 2 °C et 50 % HR ± 10 %. En hiver, la température recommandée est de 21 °C ± 2 °C.
1.3 Le cycle de climatisation — Rappel thermodynamique
Le cycle de réfrigération mécanique utilisé en climatisation est le cycle de compression de vapeur. Les quatre composants principaux sont :
Dans un système de climatisation à détente directe (DX), l'évaporateur est placé directement dans la soufflerie. Dans un système à eau glacée, l'évaporateur refroidit de l'eau (généralement à 6,7 °C) qui circule ensuite vers les serpentins des unités de traitement d'air.
Calcul de la charge sensible d'un débit d'air :
Q sensible = 1,23 × débit (L/s) × ΔT (K)
Où 1,23 est le produit de la masse volumique de l'air (1,2 kg/m³) et de la chaleur spécifique (1,026 kJ/kg·K), converti pour les unités de débit en L/s. Ce facteur est à mémoriser.
Calcul de la charge latente :
Q latente = 3,0 × débit (L/s) × Δω (g/kg)
Où 3,0 est le facteur de chaleur latente de vaporisation de l'eau à température ambiante (≈ 2500 kJ/kg) converti.
2. Psychrométrie appliquée
2.1 Le diagramme psychrométrique
Le diagramme psychrométrique est l'outil graphique essentiel du mécanicien en climatisation. Il représente les propriétés thermodynamiques de l'air humide à une pression atmosphérique donnée (typiquement 101,325 kPa au niveau de la mer). Les lignes principales :
2.2 Les processus psychrométriques fondamentaux
| Processus | Ligne sur le diagramme | Application |
|---|---|---|
| Chauffage sensible | Horizontale vers la droite | Batterie chaude |
| Refroidissement sensible | Horizontale vers la gauche | Batterie froide (air sec) |
| Humidification adiabatique | Ligne d'enthalpie constante | Laveur d'air, humidificateur à vapeur |
| Déshumidification par refroidissement | Courbe vers le bas et la gauche | Serpentin froid avec condensation |
| Mélange de deux flux d'air | Ligne droite entre les deux points | Mélange air recyclé/air neuf |
Point de rosée : température à laquelle l'air devient saturé (HR = 100 %) si on le refroidit à pression constante. C'est la température de la surface d'un serpentin en dessous de laquelle il y aura condensation.
Facteur de chaleur sensible (FCS) :
FCS = Q sensible / (Q sensible + Q latente)
Un FCS de 0,75 signifie que 75 % de la charge thermique totale est sensible. Ce facteur détermine la pente de la ligne de conditionnement (ou ligne de facteur de chaleur sensible) sur le diagramme psychrométrique, qui relie le point de l'air de reprise au point de l'air de soufflage.
2.3 Calculs psychrométriques types pour l'examen
Exemple 1 — Mélange d'air :
Vous mélangez 600 L/s d'air recyclé à 24 °C Tbs, 50 % HR avec 200 L/s d'air neuf à 32 °C Tbs, 60 % HR. La température du mélange est :
Tbs mélange = (600 × 24 + 200 × 32) / (600 + 200) = (14 400 + 6 400) / 800 = 26 °C
Exemple 2 — Déshumidification :
Un serpentin refroidit 1 000 L/s d'air de 26 °C Tbs, 21 °C Tbh à 12 °C Tbs, 11 °C Tbh. La quantité d'eau condensée est :
Δω = ω₁ − ω₂ = 13,5 g/kg − 8,0 g/kg = 5,5 g/kg
Débit massique d'air = 1 000 L/s × 1,2 kg/m³ / 1 000 = 1,2 kg/s
Eau condensée = 1,2 kg/s × 5,5 g/kg = 6,6 g/s = 23,8 kg/h
Piège fréquent : ne pas confondre le facteur 1,23 (chaleur sensible) avec le facteur 3,0 (chaleur latente). Vérifiez toujours les unités du débit d'air.
3. Calcul des charges thermiques
3.1 Méthodologie de calcul
Le calcul des charges thermiques suit la méthode du ASHRAE Handbook — Fundamentals (méthode RTS — Radiant Time Series pour les charges de refroidissement). Pour l'examen, vous devez connaître les composantes de la charge :
Charges sensibles externes :
Charges sensibles internes :
Charges latentes :
3.2 Coefficients de transmission thermique (U) typiques
| Élément | Valeur U typique (W/m²·K) |
|---|---|
| Mur extérieur isolé (R-20) | 0,30 |
| Toit isolé (R-30) | 0,20 |
| Vitrage double scellé | 2,8 |
| Vitrage triple avec revêtement faible émissivité | 1,6 |
| Porte pleine en bois | 2,2 |
Règle d'or : plus la valeur U est faible, meilleure est l'isolation. La résistance thermique R = 1/U.
3.3 Ventilation et qualité de l'air intérieur
La norme ASHRAE 62.1 (Ventilation for Acceptable Indoor Air Quality) est la référence. Pour les bâtiments commerciaux, le débit d'air neuf requis est calculé selon la méthode de la ventilation par zone :
Vbz = Rp × Pz + Ra × Az
Où :
Valeurs typiques pour un bureau : Rp = 2,5 L/s·personne, Ra = 0,3 L/s·m².
Exigence minimale : le Code national du bâtiment du Canada (CNB) exige un minimum de 8 L/s par personne pour les espaces où les occupants sont sédentaires, ou 0,35 renouvellement d'air par heure, selon la valeur la plus élevée.
4. Systèmes de traitement d'air
4.1 Classification des systèmes
| Type de système | Fluide de distribution | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| Tout air (débit constant) | Air | Bon contrôle de l'humidité, entretien centralisé | Conduits volumineux |
| Tout air (débit variable — VAV) | Air | Économie d'énergie, contrôle individuel | Risque de stratification, besoin de réchauffage |
| Air-eau (ventilo-convecteurs) | Air + eau | Conduits réduits, contrôle local | Condensation possible, entretien multiple |
| Tout eau (ventilo-convecteurs) | Eau | Très compact | Pas de ventilation mécanique, risque de gel |
| Détente directe (DX) | Réfrigérant | Efficace, compact | Longueurs de ligne limitées, contrôle de l'humidité limité |
4.2 La centrale de traitement d'air (CTA)
La centrale de traitement d'air est le cœur du système. Ses composants, dans l'ordre du flux d'air :
Piège d'examen : l'ordre des composants est crucial. La batterie de refroidissement doit être placée avant la batterie de chauffage et après les filtres. L'humidificateur est généralement placé après les batteries.
4.3 Les ventilateurs
Les deux grandes familles de ventilateurs :
Ventilateurs centrifuges :
Ventilateurs axiaux :
Loi des ventilateurs (à densité constante) :
Exemple : Si la vitesse de rotation augmente de 10 %, le débit augmente de 10 %, la pression augmente de 21 % (1,1² = 1,21), et la puissance augmente de 33 % (1,1³ = 1,331). C'est un piège classique d'examen.
4.4 Les conduits d'air
Méthodes de dimensionnement :
Perte de charge dans les conduits :
ΔP = f × (L/D) × (ρ × V² / 2)
Où f est le facteur de friction (dépend du nombre de Reynolds et de la rugosité), L la longueur, D le diamètre hydraulique, ρ la masse volumique et V la vitesse.
Diamètre équivalent pour un conduit rectangulaire :
De = 1,30 × [(a × b)⁵ / (a + b)²]^(1/8)
Où a et b sont les dimensions du conduit rectangulaire en mm. Cette formule est utilisée pour utiliser les abaques de perte de charge des conduits circulaires.
Vitesses recommandées dans les conduits :
| Application | Conduit principal (m/s) | Branchement (m/s) |
|---|---|---|
| Résidentiel | 3 à 4 | 2 à 3 |
| Commercial (silencieux) | 5 à 6 | 3 à 4 |
| Commercial (standard) | 7 à 9 | 5 à 6 |
| Industriel | 10 à 13 | 7 à 10 |
5. Équipements de climatisation
5.1 Les refroidisseurs d'eau glacée (chillers)
Les refroidisseurs d'eau glacée produisent de l'eau froide (généralement à 6,7 °C) pour alimenter les serpentins des CTA et des ventilo-convecteurs. Deux types principaux :
Refroidisseurs à condensation par air :
Refroidisseurs à condensation par eau :
Coefficient de performance (COP) :
COP = Puissance frigorifique (kW) / Puissance absorbée (kW)
EER (Energy Efficiency Ratio) = COP × 3,412 (en BTU/h par watt)
Piège d'examen : le COP est sans unité (kW/kW), tandis que l'EER est en BTU/(h·W). Ne les confondez jamais.
5.2 Les tours de refroidissement
La tour de refroidissement rejette la chaleur du condenseur à l'atmosphère par évaporation. Types :
Paramètres de fonctionnement :
Exemple : Air extérieur à 28 °C Tbs, 22 °C Tbh. Une tour avec une approche de 4 °C produira de l'eau à 26 °C. Si l'intervalle est de 6 °C, l'eau chaude entrera à 32 °C.
Considération de gel : en climat nordique, les tours de refroidissement doivent être protégées contre le gel. Les mesures incluent : by-pass d'eau, réchauffage du bassin, contrôle de la vitesse du ventilateur, et vidange automatique.
5.3 Les condenseurs évaporatifs
Le condenseur évaporatif combine le condenseur et la tour de refroidissement en un seul appareil. Le réfrigérant circule directement dans des serpentins qui sont aspergés d'eau et balayés par l'air. L'eau évaporée absorbe la chaleur du réfrigérant. Avantages : compacité, efficacité élevée. Inconvénients : entretien de la qualité de l'eau, risque de corrosion.
5.4 Les unités de toiture (rooftop)
Les unités de toiture (RTU) sont des systèmes autonomes installés sur le toit, contenant compresseur, condenseur, évaporateur, ventilateurs et filtres dans une seule enveloppe. Elles sont préfabriquées et ne nécessitent qu'un raccordement électrique et des conduits. Capacités typiques : de 3 à 100 tonnes de réfrigération.
1 tonne de réfrigération = 12 000 BTU/h = 3,517 kW
6. Contrôle et régulation
6.1 Stratégies de contrôle
Le contrôle de la température dans un système à eau glacée se fait par :
Séquence de contrôle typique d'une CTA :
6.2 Les capteurs
| Capteur | Mesure | Précision typique |
|---|---|---|
| Thermistance | Température | ± 0,2 °C |
| RTD (Pt100) | Température | ± 0,1 °C |
| Capteur d'humidité capacitif | Humidité relative | ± 2 % |
| Capteur de pression différentielle | Pression | ± 0,5 % de l'échelle |
| Anémomètre à fil chaud | Vitesse d'air | ± 2 % |
6.3 La séquence de refroidissement gratuit (free cooling)
Le refroidissement gratuit (economizer) utilise l'air extérieur pour refroidir le bâtiment lorsque sa température est inférieure à la température de reprise. Deux stratégies :
L'economizer à enthalpie est plus précis car il tient compte de l'humidité. Le Code national de l'énergie pour les bâtiments au Canada (CNÉB) exige des economizers sur les systèmes de plus de 35 kW (10 tonnes) dans la plupart des climats canadiens.
7. Mise en service et dépannage
7.1 Procédure de mise en service
La mise en service (commissioning) est le processus de vérification que tous les systèmes fonctionnent conformément aux spécifications. Étapes :
7.2 Dépannage courant
Symptôme : débit d'air insuffisant
Symptôme : température de soufflage trop élevée
Symptôme : humidité excessive
7.3 Les bilans thermiques
Bilan du serpentin de refroidissement :
Q total = Q sensible + Q latente
Q total = débit massique d'air × (h₁ − h₂)
Où h₁ et h₂ sont les enthalpies de l'air entrant et sortant du serpentin.
Bilan du condenseur :
Q condenseur = Q évaporateur + W compresseur
Cette relation est fondamentale. Si le compresseur consomme 10 kW et que l'évaporateur absorbe 40 kW, le condenseur doit rejeter 50 kW.
8. Normes et codes canadiens applicables
8.1 Le Code canadien de l'électricité (CCÉ)
Le Code canadien de l'électricité, Première partie (C22.1) s'applique à toutes les installations électriques. Points clés pour les systèmes de climatisation :
Piège d'examen : le CCÉ exige une sectionneur accessible à moins de 3 m de l'équipement pour les moteurs et les appareils de climatisation (règle 28-600).
8.2 Le Code national du bâtiment du Canada (CNB)
Le CNB (Code national du bâtiment du Canada) contient les exigences de ventilation, de sécurité incendie et d'efficacité énergétique. Sections pertinentes :
8.3 Le Code national de l'énergie pour les bâtiments (CNÉB)
Le CNÉB (Code national de l'énergie pour les bâtiments au Canada) impose des exigences d'efficacité énergétique :
8.4 La norme CSA B52
La norme CSA B52 (Mechanical Refrigeration Code) régit l'installation des systèmes de réfrigération. Points clés :
8.5 La norme CSA B149.1
La norme CSA B149.1 (Natural Gas and Propane Installation Code) s'applique aux systèmes de chauffage au gaz qui font partie du traitement d'air. Points clés :
9. Efficacité énergétique et développement durable
9.1 Les indicateurs de performance
| Indicateur | Définition | Application |
|---|---|---|
| EER | BTU/h de refroidissement par watt consommé | Unités DX |
| COP | kW de refroidissement par kW consommé | Refroidisseurs, pompes à chaleur |
| IPLV | Integrated Part Load Value — efficacité pondérée à charge partielle | Refroidisseurs |
| kW/tonne | Puissance consommée par tonne de réfrigération | Comparaison rapide |
| SCOP | Seasonal COP — efficacité saisonnière | Pompes à chaleur |
Valeurs typiques pour l'examen :
9.2 La récupération de chaleur
Les systèmes de récupération de chaleur transfèrent l'énergie de l'air extrait à l'air neuf entrant. Types :
Calcul de l'efficacité d'un échangeur :
ε = (T neuf sortie − T neuf entrée) / (T extrait entrée − T neuf entrée) × 100 %
Exemple : Air neuf à −10 °C, air extrait à 22 °C. L'air neuf sort à 12 °C. Efficacité = (12 − (−10)) / (22 − (−10)) × 100 % = 22 / 32 × 100 % = 68,75 %.
10. Sécurité et environnement
10.1 Les réfrigérants et l'environnement
Les réfrigérants sont classés selon leur PRG (Potentiel de Réchauffement Global) et leur ODP (Potentiel de Déplétion Ozonique) :
| Réfrigérant | Type | PRG (100 ans) | ODP | Statut |
|---|---|---|---|---|
| R-22 | HCFC | 1 810 | 0,055 | En phase-out |
| R-410A | HFC | 2 088 | 0 | En transition |
| R-134a | HFC | 1 430 | 0 | En transition |
| R-32 | HFC | 675 | 0 | Accepté |
| R-454B | HFO | 466 | 0 | Nouveau |
| R-290 (propane) | HC | 3 | 0 | Inflammable A3 |
| R-717 (ammoniac) | Naturel | 0 | 0 | Toxique B2 |
Le Règlement sur les substances appauvrissant la couche d'ozone et les halocarbures de remplacement (gouvernement du Canada) impose :
10.2 Les risques liés aux systèmes de traitement d'air
10.3 Le cadenassage (lockout/tagout)
Le cadenassage est obligatoire avant toute intervention sur un système de climatisation. Procédure :
Pièges à éviter
Résumé
Ce chapitre vous a présenté les connaissances essentielles pour réussir la section « Climatisation et systèmes de traitement d'air » de l'examen Sceau rouge. Voici les points à retenir :
Pour l'examen, entraînez-vous à résoudre des problèmes de mélange d'air, de bilan thermique de serpentin et de dimensionnement de conduits. La rapidité et la précision dans ces calculs font la différence entre une note de passage et une excellente note.
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