Théorie électrique et calculs
Guide d'étude Red Seal Practice avec schémas.
Théorie électrique et calculs
Introduction
Ce chapitre couvre les fondements théoriques et les calculs essentiels que tout électricien industriel doit maîtriser pour l’examen Sceau rouge. La théorie électrique n’est pas un exercice académique : elle est la base de chaque diagnostic, de chaque installation et de chaque mise en service. Vous devrez appliquer ces principes pour dimensionner des conducteurs, protéger des circuits, corriger le facteur de puissance et analyser des circuits en courant alternatif (CA) et continu (CC). Les questions de l’examen portent moins sur la mémorisation de formules que sur leur application correcte dans des contextes industriels réalistes.
Lois fondamentales et unités
Le système international (SI) et les unités dérivées
Vous devez connaître les unités de base et leurs symboles, ainsi que les préfixes métriques couramment utilisés en industrie (kilo, méga, milli, micro). Les erreurs de conversion sont une cause fréquente d’échec.
| Grandeur | Unité | Symbole |
|---|---|---|
| Tension | Volt | V |
| Courant | Ampère | A |
| Résistance | Ohm | Ω |
| Puissance active | Watt | W |
| Puissance réactive | Voltampère réactif | var |
| Puissance apparente | Voltampère | VA |
| Fréquence | Hertz | Hz |
| Énergie | Joule ou wattheure | J ou Wh |
Préfixes à retenir : kilo (k = 10³), méga (M = 10⁶), giga (G = 10⁹), milli (m = 10⁻³), micro (µ = 10⁻⁶), nano (n = 10⁻⁹).
Loi d’Ohm et puissance en courant continu
La loi d’Ohm établit la relation entre la tension (U), le courant (I) et la résistance (R) : U = R × I. En courant continu, la puissance se calcule par P = U × I. En combinant ces deux relations, on obtient les formes dérivées :
Exemple : Un élément chauffant de 20 Ω est alimenté sous 240 V CC. Le courant est I = 240 / 20 = 12 A. La puissance est P = 240 × 12 = 2 880 W, soit 2,88 kW.
Lois de Kirchhoff
Deux lois fondamentales régissent l’analyse des circuits :
Ces lois s’appliquent aussi bien en CC qu’en CA, à condition d’utiliser des grandeurs vectorielles (phaseurs) en CA.
Circuits en série et en parallèle
Résistances en série
Dans un circuit en série, le courant est identique dans tous les éléments. La résistance totale est la somme des résistances individuelles : R_total = R₁ + R₂ + R₃ + …. La tension totale se divise proportionnellement aux résistances (diviseur de tension).
Résistances en parallèle
Dans un circuit en parallèle, la tension est identique aux bornes de chaque branche. La conductance totale (inverse de la résistance) est la somme des conductances : 1/R_total = 1/R₁ + 1/R₂ + 1/R₃ + …. Pour deux résistances seulement, on utilise la formule simplifiée : R_total = (R₁ × R₂) / (R₁ + R₂).
Piège courant : Pour trois résistances ou plus, la formule du produit sur la somme ne fonctionne que pour deux résistances. Utilisez toujours la formule des inverses pour trois éléments ou plus.
Circuits mixtes
Pour un circuit mixte, simplifiez progressivement : identifiez les groupes en série et en parallèle, calculez leurs équivalents, puis combinez. Cette méthode s’applique également aux circuits avec des inductances et des condensateurs, mais en utilisant l’impédance complexe.
Courant alternatif : principes fondamentaux
Valeurs caractéristiques d’une onde sinusoïdale
En CA, la tension et le courant varient sinusoïdalement. Quatre valeurs sont essentielles :
Application industrielle : Une tension de 600 V CA efficace a une valeur de crête de 600 × √2 ≈ 848 V. Cette valeur est critique pour le choix de la tension de tenue des composants et pour les calculs d’isolation.
Période et fréquence
La fréquence (f) est le nombre de cycles par seconde, en hertz (Hz). La période (T) est l’inverse de la fréquence : T = 1/f. Au Canada, la fréquence standard est de 60 Hz, donc T = 1/60 ≈ 16,67 ms.
Phase et déphasage
Le déphasage (φ) est l’angle entre la tension et le courant dans un circuit. Il est exprimé en degrés ou en radians. Un déphasage nul signifie que tension et courant sont en phase (charge purement résistive). Un déphasage de +90° indique une charge purement inductive (le courant est en retard sur la tension). Un déphasage de -90° indique une charge purement capacitive (le courant est en avance sur la tension).
Impédance et circuits RLC
Définition de l’impédance
L’impédance (Z) est l’opposition totale au passage du courant alternatif dans un circuit. Elle combine la résistance (R), la réactance inductive (X_L) et la réactance capacitive (X_C). Elle se mesure en ohms (Ω) et se représente comme un nombre complexe : Z = R + j(X_L - X_C).
Réactances
Calcul de l’impédance totale
Pour un circuit RLC en série, l’impédance totale est : Z = √(R² + (X_L - X_C)²). L’angle de phase est : φ = arctan((X_L - X_C) / R).
Exemple : Un circuit série contient R = 30 Ω, L = 0,1 H et C = 50 µF, alimenté à 60 Hz.
Résonance
La résonance se produit lorsque X_L = X_C, donc lorsque f_r = 1 / (2π√(LC)). À la résonance, l’impédance est minimale (égale à R) en série, et le courant est maximal. En parallèle, l’impédance est maximale. Ce phénomène est utilisé dans les circuits de filtrage et les compensateurs de puissance réactive.
Puissance en courant alternatif
Les trois puissances
En CA, on distingue trois puissances :
La relation entre ces trois puissances est : S² = P² + Q², soit S = √(P² + Q²).
Facteur de puissance
Le facteur de puissance (FP) est le rapport entre la puissance active et la puissance apparente : FP = P / S = cos φ. Un facteur de puissance unitaire (1,0) indique une utilisation parfaite de l’énergie. Un FP faible (par exemple 0,7) signifie que le courant est plus élevé que nécessaire pour la puissance utile, ce qui entraîne des pertes dans les conducteurs et des pénalités financières.
Exemple industriel : Un moteur de 50 kW fonctionne avec un FP de 0,75 sous 600 V. Le courant est I = P / (U × FP) = 50 000 / (600 × 0,75) = 111,1 A. Si le FP est corrigé à 0,95, le courant devient I = 50 000 / (600 × 0,95) = 87,7 A. La réduction du courant est de 21 %.
Correction du facteur de puissance
La correction se fait en installant des condensateurs en parallèle avec la charge. La puissance réactive capacitive (Q_C) nécessaire est : Q_C = P × (tan φ₁ - tan φ₂), où φ₁ est l’angle initial et φ₂ l’angle cible. La capacitance requise est : C = Q_C / (2πfU²).
Exemple : Une installation consomme 100 kW avec un FP de 0,70. On veut corriger à 0,95.
Sous 600 V et 60 Hz, la capacitance est C = 69 000 / (2π × 60 × 600²) = 69 000 / 135 716 800 ≈ 508 µF.
Circuits triphasés
Principes de base
Un système triphasé comporte trois tensions sinusoïdales décalées de 120° entre elles. Il existe deux configurations : étoile (Y) et triangle (Δ) .
Relations tension-courant
| Configuration | Tension phase-phase (U_LL) | Tension phase-neutre (U_LN) | Courant de ligne (I_L) | Courant de phase (I_Ph) |
|---|---|---|---|---|
| Étoile (Y) | U_LL = √3 × U_LN | U_LN = U_LL / √3 | I_L = I_Ph | I_Ph = I_L |
| Triangle (Δ) | U_LL = U_Ph | U_Ph = U_LL | I_L = √3 × I_Ph | I_Ph = I_L / √3 |
Valeurs à mémoriser : √3 ≈ 1,732 et 1/√3 ≈ 0,577.
Exemple : Un système 600 V triphasé en étoile a une tension phase-neutre de 600 / √3 ≈ 346 V. Un système 208 V triphasé a une tension phase-neutre de 120 V.
Puissance en triphasé
La puissance active totale est : P = √3 × U_LL × I_L × cos φ. La puissance apparente est : S = √3 × U_LL × I_L. La puissance réactive est : Q = √3 × U_LL × I_L × sin φ.
Exemple : Un moteur triphasé de 25 kW, 600 V, FP = 0,85. Le courant de ligne est I_L = P / (√3 × U × FP) = 25 000 / (1,732 × 600 × 0,85) = 25 000 / 883,3 ≈ 28,3 A.
Charges déséquilibrées
En pratique, les charges triphasées ne sont pas toujours parfaitement équilibrées. Le courant dans le neutre d’un système en étoile est la somme vectorielle des trois courants de phase. Pour des charges déséquilibrées, le courant de neutre peut être significatif. Le calcul exact nécessite l’analyse vectorielle, mais une approximation courante pour l’examen est de considérer le pire cas où le neutre porte presque le courant de la phase la plus chargée.
Calculs de chute de tension
Formule générale
La chute de tension (ΔU) dans un conducteur est causée par sa résistance et sa réactance. Pour un circuit monophasé : ΔU = 2 × I × L × (R_cos φ + X_sin φ), où L est la longueur aller-retour en mètres, R et X sont la résistance et la réactance du conducteur par mètre. Pour un circuit triphasé : ΔU = √3 × I × L × (R_cos φ + X_sin φ).
En pratique, pour des conducteurs de section modérée, on néglige souvent la réactance et on utilise : ΔU = 2 × I × L × R (monophasé) ou ΔU = √3 × I × L × R (triphasé).
Exigences du Code
Le Code canadien de l’électricité, Chapitre V (CEC) recommande que la chute de tension ne dépasse pas 3 % pour les circuits d’utilisation et 5 % au total (branchement + circuit d’utilisation). Ces valeurs sont des recommandations, sauf si elles sont rendues obligatoires par l’autorité compétente. La règle 8-200 du CEC traite du calcul des sections de conducteurs en fonction de la chute de tension.
Exemple : Un moteur de 10 kW, 600 V triphasé, FP = 0,85, est alimenté par un câble de 75 m. Le courant est I = 10 000 / (1,732 × 600 × 0,85) = 11,3 A. La chute de tension maximale permise est 3 % de 600 V = 18 V. La résistance maximale du conducteur est R = ΔU / (√3 × I × L) = 18 / (1,732 × 11,3 × 75) = 18 / 1468 ≈ 0,0123 Ω/m. En consultant les tableaux du CEC, on choisit la section appropriée.
Tableau des résistances approximatives (conducteurs de cuivre à 75 °C)
| Section (mm²) | Résistance (Ω/km) |
|---|---|
| 2,5 | 9,42 |
| 4,0 | 5,90 |
| 6,0 | 3,94 |
| 10,0 | 2,37 |
| 16,0 | 1,48 |
| 25,0 | 0,943 |
| 35,0 | 0,674 |
| 50,0 | 0,471 |
Protection des circuits et dimensionnement
Courant nominal et courant de pleine charge
Le courant nominal d’un moteur est indiqué sur sa plaque signalétique. Le courant de pleine charge (CPC) peut être estimé à partir des tableaux du CEC (annexe B) pour les moteurs standard. Ces tableaux donnent des valeurs types en fonction de la puissance et de la tension.
Règles de protection contre les surintensités
Le CEC, Chapitre V, règle 28-200, spécifie que les protecteurs de circuit de branche pour moteurs doivent être dimensionnés à 125 % du courant de pleine charge pour les moteurs à service continu. Les protecteurs contre les surcharges (relais thermiques) sont réglés entre 115 % et 125 % du courant nominal, selon le facteur de service du moteur.
Exemple : Un moteur de 20 A à service continu nécessite un protecteur de circuit de branche d’au moins 20 × 1,25 = 25 A. On choisit le calibre normalisé immédiatement supérieur, soit 30 A, si les conditions de démarrage l’exigent.
Capacité de transport de courant des conducteurs
La capacité de transport de courant (ampacité) dépend de la section, du matériau (cuivre ou aluminium), de la température ambiante, du nombre de conducteurs groupés et du type d’isolation. Les tableaux du CEC (tableaux 1 à 4) fournissent ces valeurs. Les facteurs de correction pour la température et le groupement sont donnés dans les tableaux 5A à 5D et 5E à 5H.
Règle 4-004 : Les conducteurs doivent être protégés contre les surintensités conformément à leur ampacité, sauf exceptions spécifiques (par exemple, les circuits de moteurs avec protection contre les surcharges).
Analyse de circuits pratiques
Méthode de résolution pas à pas
Pour résoudre un problème de circuit complexe à l’examen :
Utilisation des phaseurs
En CA, les tensions et courants sont des phaseurs. Pour additionner des courants dans un circuit parallèle, il faut tenir compte des déphasages. La méthode graphique (diagramme de Fresnel) est souvent plus intuitive que le calcul complexe. Pour l’examen, maîtrisez la conversion entre formes polaire et rectangulaire.
Exemple : Deux charges en parallèle : charge 1 : 10 A à FP 0,8 inductif ; charge 2 : 5 A à FP 0,9 capacitif. Le courant total est la somme vectorielle. Charge 1 : I₁ = 10∠36,87° (car cos φ = 0,8, φ = 36,87°). Charge 2 : I₂ = 5∠-25,84° (car cos φ = 0,9, φ = -25,84°). En coordonnées rectangulaires : I₁ = 8 + j6, I₂ = 4,5 - j2,18. Total : I = 12,5 + j3,82. Le courant total est I = √(12,5² + 3,82²) ≈ 13,1 A, avec un angle φ = arctan(3,82/12,5) ≈ 17° (inductif).
Pièges à éviter
Conseils pour l’examen
Résumé
Références normatives
La maîtrise de ces concepts et calculs vous permettra non seulement de réussir l’examen, mais aussi d’exercer votre métier avec compétence et sécurité. Entraînez-vous régulièrement avec des exercices variés, en chronométrant vos sessions, pour développer la rapidité et la précision nécessaires le jour de l’examen.
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