Chapitre V

Systèmes de transmission (boîtes de vitesses, lignes d'arbre et essieux)

Guide d'étude Red Seal Practice avec schémas.

Systèmes de transmission (boîtes de vitesses, lignes d'arbre et essieux)

Introduction au chapitre

Ce chapitre couvre l'ensemble des composants de la transmission de puissance d'un équipement lourd, depuis la sortie du moteur jusqu'aux moyeux de roues. Pour l'examen Sceau rouge, vous devez maîtriser non seulement la théorie des différents types de boîtes de vitesses, mais aussi les procédures de diagnostic, les jeux de mesure, les rapports de démultiplication et les normes de sécurité applicables. La maîtrise de ce chapitre représente généralement 15 à 20 % des questions de l'examen.

La fonction globale de la transmission

La transmission a pour rôle de :

Adapter le couple et la vitesse du moteur aux besoins de l'équipement
Permettre l'inversion du sens de marche
Permettre la déconnexion entre le moteur et les roues (point mort)
Répartir la puissance vers les essieux moteurs

Le rapport de démultiplication (ou ratio) est le rapport entre la vitesse d'entrée et la vitesse de sortie. Il se calcule comme suit :

Rapport = Nombre de dents de la roue menée ÷ Nombre de dents de la roue menante

Pour un train d'engrenages multiple, le rapport total est le produit des rapports individuels. Par exemple, une transmission avec un premier rapport de 3,5:1 et un rapport de pont de 4,88:1 donne un rapport total de 3,5 × 4,88 = 17,08:1.

Les embrayages

Embrayage à friction monodisque

L'embrayage à friction est le dispositif le plus courant sur les équipements lourds à transmission manuelle. Ses composants principaux sont :

Le volant moteur (surface de friction)
Le disque d'embrayage (avec garnitures)
Le plateau de pression (ou disque de pression)
Le mécanisme de commande (hydraulique ou mécanique)

Le jeu libre de la pédale doit être vérifié régulièrement. Un jeu insuffisant provoque un patinage de l'embrayage ; un jeu excessif provoque une difficulté d'engagement. La mesure standard se fait au niveau de la pédale : le jeu libre typique est de 25 à 40 mm (1 à 1,5 pouce) pour un système mécanique.

Embrayage hydraulique (convertisseur de couple)

Le convertisseur de couple est utilisé dans les transmissions automatiques et les transmissions à passage de puissance. Il se compose de :

La pompe (ou impeller), reliée au moteur
La turbine, reliée à l'arbre d'entrée de la transmission
Le stator (ou réacteur), monté sur roue libre

Le convertisseur multiplie le couple dans un rapport pouvant atteindre 2,5:1 à l'arrêt complet. Le rapport de multiplication diminue progressivement jusqu'à atteindre 1:1 lorsque la turbine atteint environ 90 % de la vitesse de la pompe. Ce point est appelé le point de couplage.

Le glissement du convertisseur se calcule ainsi :

Glissement (%) = ((Vitesse pompe − Vitesse turbine) ÷ Vitesse pompe) × 100

Un glissement excessif (supérieur à 5 % en régime stabilisé) indique une usure des garnitures ou un niveau d'huile incorrect.

Les transmissions manuelles

Transmission à engrenages en prise constante

Les transmissions à engrenages en prise constante utilisent des synchroniseurs pour égaliser les vitesses des pignons avant l'engagement. Les composants critiques sont :

Les pignons (hélicoïdaux pour le silence, droits pour la marche arrière)
Les synchroniseurs (cônes de friction, bagues de blocage)
Les fourchettes de sélection
Les arbres (primaire, secondaire, intermédiaire)

Le synchroniseur fonctionne en trois phases : (1) le cône de friction égalise les vitesses, (2) la bague de blocage empêche l'engagement prématuré, (3) l'engagement complet des dents se produit lorsque les vitesses sont synchronisées.

Transmission à engrenages à prise directe (range-type)

Les transmissions range-type (ou à gamme) combinent une transmission principale avec un réducteur planétaire monté en sortie. Le conducteur sélectionne la gamme haute ou basse à l'aide d'un interrupteur électropneumatique. La gamme basse multiplie le couple par un facteur d'environ 2:1.

Transmission à engrenages à fractionnement (splitter-type)

Les transmissions splitter-type divisent chaque rapport principal en deux sous-rapports. Le rapport total est obtenu en combinant le rapport principal et le rapport du fractionneur. Par exemple, une transmission 8 vitesses avec fractionneur donne 16 vitesses.

Procédures de diagnostic des transmissions manuelles

SymptômeCause probableVérification
Craquement au passage des vitessesSynchroniseur usé, huile incorrecteVérifier le niveau et le type d'huile, démonter le synchroniseur
Saute hors de vitesseFourchette usée, denture usée, roulement d'arbre uséMesurer le jeu axial des arbres, inspecter les dentures
Bruit constant en priseRoulements usés, pignon endommagéAnalyse vibratoire, inspection visuelle
Difficulté à engager les vitessesCâble de commande désajusté, embrayage ne débrayant pas complètementVérifier le jeu de pédale, purger le circuit hydraulique

Les transmissions automatiques

Transmission automatique à engrenages planétaires

La transmission automatique utilise des engrenages planétaires combinés à des embrayages à disques multiples et des freins à bande. Les composants principaux sont :

Le convertisseur de couple (déjà décrit)
Le train planétaire (soleil, planétaires, couronne)
Les embrayages à disques multiples (actionnés hydrauliquement)
Les freins à bande (retenus par ressort, actionnés hydrauliquement)
Le corps de valve (système hydraulique de commande)

Le train planétaire offre trois fonctions de base selon l'élément fixe et l'élément menant :

Élément menantÉlément fixeÉlément menéRésultat
CouronneSoleilPorte-planétairesRéduction (rapport > 1)
SoleilCouronnePorte-planétairesRéduction (rapport > 1)
Porte-planétairesCouronneSoleilSurmultiplication (rapport < 1)
SoleilPorte-planétairesCouronneSurmultiplication (rapport < 1)
Deux éléments liésTroisième élémentPrise directe (1:1)
Aucun élément fixePoint mort

Transmission automatique à commande électronique

Les transmissions modernes utilisent un module de commande électronique (ECM) qui contrôle les solénoïdes de changement de vitesse. Les capteurs principaux sont :

Le capteur de vitesse d'arbre d'entrée (turbine)
Le capteur de vitesse d'arbre de sortie
Le capteur de température d'huile de transmission
Le capteur de position de la pédale d'accélérateur

Le diagnostic de ces systèmes se fait à l'aide d'un outil de balayage électronique. Les codes de diagnostic (DTC) sont normalisés selon la norme SAE J1939 pour les équipements lourds.

Procédures d'essai de pression hydraulique

Pour vérifier le fonctionnement hydraulique d'une transmission automatique :

63.Fixer un manomètre (0 à 300 psi) à la prise de pression principale
64.Démarrer le moteur et laisser la transmission atteindre la température de fonctionnement (70 à 80 °C)
65.Noter la pression au point mort (généralement 150 à 200 psi)
66.Engager chaque gamme et noter les pressions
67.Comparer aux spécifications du fabricant

Une pression basse dans toutes les gammes indique une pompe usée, un filtre obstrué ou un niveau d'huile bas. Une pression basse dans une gamme spécifique indique une fuite interne dans le circuit de cette gamme.

Les transmissions à passage de puissance (powershift)

Les transmissions powershift sont largement utilisées dans les équipements de construction. Elles permettent de changer de vitesse sans interruption de puissance grâce à des embrayages à disques multiples actionnés hydrauliquement.

Le système de commande comprend :

Une pompe hydraulique dédiée
Un régulateur de pression
Des valves de modulation (pour adoucir les changements)
Des embrayages à disques multiples (généralement 4 à 6 disques par embrayage)

La modulation est essentielle pour éviter les chocs lors des changements de vitesse. Les valves de modulation progressives permettent un engagement progressif de l'embrayage.

Réglage de la pression de modulation

La pression de modulation doit être réglée selon les spécifications du fabricant. Une pression trop élevée provoque des chocs violents ; une pression trop basse provoque un patinage et une surchauffe des disques. La procédure typique :

79.Connecter un manomètre à la prise de pression de modulation
80.Effectuer un changement de vitesse à régime moteur donné
81.Observer la montée en pression (courbe caractéristique)
82.Ajuster la vis de modulation si nécessaire

Les lignes d'arbre (arbres de transmission)

Composants et fonction

La ligne d'arbre transmet la puissance de la transmission au différentiel. Ses composants sont :

Le tube d'arbre (en acier ou en aluminium)
Les joints universels (cardans)
Les coulisses (glissières) pour compenser les variations de longueur
Les supports de palier (pour les arbres longs)

Angles et alignement

L'angle de fonctionnement des joints universels doit être égal et opposé aux deux extrémités de l'arbre. Un angle excessif (supérieur à 3°) provoque des vibrations. L'angle maximum recommandé est de 7° pour les joints à rouleaux.

La vérification de l'alignement se fait avec un niveau à bulle de précision ou un inclinomètre numérique. Les tolérances typiques sont :

Différence d'angle entre les deux extrémités : maximum 0,5°
Angle de fonctionnement : maximum 3° en régime continu

Diagnostic des vibrations

Les vibrations de ligne d'arbre peuvent avoir plusieurs causes :

CauseCaractéristique de la vibrationVérification
Arbre déséquilibréVibration augmente avec la vitesseÉquilibrage dynamique
Angle incorrectVibration à des vitesses spécifiquesMesure des angles
Jeu dans les joints universelsClaquement au démarrage et à la décélérationInspection des jeux
Coulisse uséeVibration et bruit intermittentMesure du jeu axial

Le jeu maximal dans un joint universel est généralement de 0,5 mm (0,020 pouce) mesuré avec un comparateur. Au-delà, le joint doit être remplacé.

Procédure de remplacement d'un joint universel

100.Marquer la position relative des deux moitiés de l'arbre (pour préserver l'équilibrage)
101.Retirer les bagues de retenue (circlips)
102.Extraire les roulements à l'aide d'un extracteur hydraulique
103.Nettoyer les alésages et vérifier leur état
104.Installer les nouveaux roulements et le nouveau joint
105.Aligner les marques et remonter l'arbre
106.Vérifier le jeu axial (0,05 à 0,15 mm)

Les essieux et différentiels

Le différentiel standard

Le différentiel permet aux roues motrices de tourner à des vitesses différentes dans les virages. Ses composants :

Le pignon d'attaque (pinion)
La couronne (engrenage annulaire)
Les satellites (pignons planétaires)
Les planétaires (engrenages latéraux reliés aux arbres de roues)

Le rapport de pont est le rapport entre le nombre de dents de la couronne et celui du pignon d'attaque. Par exemple, une couronne de 41 dents et un pignon de 9 dents donnent un rapport de 41 ÷ 9 = 4,56:1.

Le différentiel à glissement limité (antipatinage)

Le différentiel à glissement limité (ou LSD) utilise des embrayages à disques multiples ou un système visqueux pour limiter la différence de vitesse entre les roues. Les types courants :

À embrayages à disques (précharge par ressorts)
À vis sans fin (type Torsen)
À fluide visqueux (couplage visqueux)

Le test de fonctionnement d'un différentiel à glissement limité :

121.Lever l'essieu et placer les deux roues en l'air
122.Tourner une roue manuellement
123.La roue opposée doit tourner dans le même sens avec une résistance notable
124.Une résistance de 30 à 50 N·m (22 à 37 lb-pi) est typique

Le blocage de différentiel

Le blocage de différentiel (ou verrouillage) est utilisé pour les conditions de traction difficiles. Il peut être actionné :

Manuellement (par le conducteur)
Automatiquement (par détection de patinage)

Le blocage ne doit être engagé que sur sol meuble ou glissant. L'engager sur sol dur peut endommager les engrenages.

Réglage du jeu d'engrènement (backlash)

Le jeu d'engrènement entre le pignon et la couronne est critique. La procédure de mesure :

132.Fixer un comparateur sur le carter, la tige perpendiculaire à une dent de la couronne
133.Bloquer le pignon (immobiliser l'arbre)
134.Faire pivoter la couronne d'avant en arrière
135.Lire le jeu total sur le comparateur

Le jeu typique est de 0,15 à 0,25 mm (0,006 à 0,010 pouce). Un jeu excessif provoque du bruit ; un jeu insuffisant provoque une surchauffe et une usure rapide.

Le motif de contact (tooth contact pattern)

Le motif de contact est vérifié en appliquant une pâte à vérifier (prussian blue) sur les dents de la couronne et en faisant tourner l'ensemble. Le motif correct doit être :

Centré sur la dent (légèrement vers le petit côté)
Couvrir environ 50 à 60 % de la longueur de la dent
Symétrique entre le flanc de conduite et le flanc de détente

Un motif trop près du sommet indique un pignon trop éloigné de la couronne. Un motif trop près de la base indique un pignon trop rapproché.

Les essieux moteurs tandem

Les essieux tandem (deux essieux moteurs) sont courants sur les camions lourds. Ils utilisent un répartiteur de couple (ou boîte de transfert) qui divise la puissance entre les deux essieux.

Le répartiteur peut être :

À engrenages (rapport fixe 1:1)
À différentiel central (permet une différence de vitesse entre les essieux)
À blocage (verrouillable pour les conditions difficiles)

La ligne d'arbre intermédiaire (entre les deux essieux) doit être vérifiée pour son alignement et son jeu. Un désalignement provoque des vibrations et une usure prématurée des joints universels.

Les normes et règlements applicables

Normes CSA

Le Code canadien de l'électricité, Chapitre V (CSA C22.1) s'applique aux composants électriques des transmissions automatiques à commande électronique. La règle 8-200 concerne les exigences de mise à la terre des équipements électriques.

La norme CSA B149.1 (Code sur le gaz naturel et le propane) s'applique aux équipements fonctionnant au gaz naturel comprimé (GNC) ou au propane, y compris les systèmes de transmission associés.

Normes SAE

Les normes SAE J1939 (réseau de communication pour véhicules lourds) et SAE J1587 (diagnostic) sont essentielles pour le diagnostic électronique des transmissions modernes.

Règlements canadiens sur les véhicules

Le Règlement sur la sécurité des véhicules automobiles du Canada (RSVA) exige que les modifications aux systèmes de transmission respectent les spécifications du fabricant d'origine.

Procédures de sécurité

Avant toute intervention sur un système de transmission :

160.Verrouiller et étiqueter (cadenassage) le véhicule selon la norme CSA Z460
161.Caler les roues avant de lever le véhicule
162.Utiliser un pont élévateur ou des chandelles de capacité appropriée
163.Vidanger l'huile chaude avec précaution (risque de brûlure)
164.Porter des gants résistants aux produits chimiques lors de la manipulation des huiles

Résumé

La transmission adapte le couple et la vitesse du moteur aux besoins de l'équipement.
Le rapport de démultiplication se calcule en divisant le nombre de dents de la roue menée par celui de la roue menante.
Le convertisseur de couple multiplie le couple jusqu'à 2,5:1 à l'arrêt, puis atteint le point de couplage à 1:1.
Les transmissions manuelles utilisent des synchroniseurs pour égaliser les vitesses avant l'engagement.
Les transmissions automatiques utilisent des trains planétaires, des embrayages à disques et un corps de valve.
Les transmissions powershift permettent des changements de vitesse sans interruption de puissance.
La ligne d'arbre doit avoir des angles de fonctionnement égaux et opposés, avec un maximum de 3° en régime continu.
Le jeu d'engrènement du différentiel doit être de 0,15 à 0,25 mm.
Le motif de contact doit être centré sur la dent et couvrir 50 à 60 % de sa longueur.
Les normes CSA C22.1 Chapitre V et CSA B149.1 s'appliquent aux composants électriques et aux systèmes au gaz.
La sécurité exige le cadenassage selon la norme CSA Z460 avant toute intervention.

Pièges à éviter

178.Confondre le rapport de démultiplication : le rapport se calcule toujours menée ÷ menante, jamais l'inverse.
179.Oublier le point de couplage : le convertisseur de couple ne multiplie pas le couple à 1:1, il atteint 1:1 seulement au point de couplage.
180.Négliger le jeu libre de la pédale d'embrayage : un jeu insuffisant provoque un patinage, un jeu excessif provoque une difficulté d'engagement.
181.Ignorer les angles de la ligne d'arbre : les angles doivent être égaux et opposés, pas simplement inférieurs à 3°.
182.Mesurer le jeu d'engrènement sans bloquer le pignon : la mesure serait faussée par le jeu du pignon lui-même.
183.Confondre le motif de contact : un motif trop près du sommet indique un pignon trop loin, pas trop près.
184.Oublier de marquer les moitiés d'arbre avant de démonter un joint universel : cela détruit l'équilibrage.
185.Utiliser un mauvais type d'huile : les transmissions modernes exigent des huiles spécifiques (par exemple, SAE 50 pour certaines powershift, pas de l'ATF universel).
186.Négliger la température de l'huile lors des essais de pression : les pressions varient considérablement avec la température.
187.Oublier les normes de sécurité : le cadenassage selon CSA Z460 est obligatoire, pas optionnel.
188.Confondre le blocage de différentiel et le différentiel à glissement limité : le premier est actionné par le conducteur, le second fonctionne automatiquement.
189.Ne pas vérifier le niveau d'huile dans le répartiteur de couple des essieux tandem : un niveau bas provoque une usure rapide des engrenages.

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